« Ce que nous découvrons aujourd’hui est scandaleux » : le député Bruno Lefèbvre en colère contre les responsables de Flaurea Chemicals suite à la faillite

« Ce que nous découvrons aujourd’hui est scandaleux » : le député Bruno Lefèbvre en colère contre les responsables de Flaurea Chemicals suite à la faillite

Ath
« Ce que nous découvrons aujourd’hui est scandaleux » : le député Bruno Lefèbvre en colère contre les responsables de Flaurea Chemicals suite à la faillite

Bruno Lefèbvre (PS), tout comme la députée enghiennoise Bénédicte Linard (Ecolo), ont interpellé le ministre Pierre-Yves Jeholet (MR) au Parlement de Wallonie concernant l’avenir du site et des travailleurs.

Alors que la faillite de l'entreprise Flaurea Chemicals à Ath a été prononcée le 10 février dernier par le tribunal de l'entreprise, c'est désormais l'avenir des travailleurs et du site qui est en question.

Ce mardi, en commission de l'Économie, de l'Emploi et de la Formation du Parlement de Wallonie, Bruno Lefèbvre (PS) et Bénédicte Linard (Ecolo) ont interpellé le ministre Pierre-Yves Jeholet (MR). Les deux députés de Wallonie picarde s'inquiètent pour l'avenir des travailleurs, mais aussi pour celui du site situé en plein centre-ville d'Ath.

Une cellule de reconversion pour les travailleurs

Bénédicte Linard évoque d'abord une double peine pour la cinquantaine de travailleurs de Flaurea. "On a donc des travailleurs et des travailleuses qui perdent leur emploi et qui, en plus de cela, ont été exposés à des substances chimiques toxiques, avec des conséquences potentielles sur la santé", déplore la députée enghiennoise, avant de questionner le ministre sur le suivi médical.

Le ministre de l'Economie, de l'Industrie, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation, Pierre-Yves Jeholet confirme qu'une enquête était en cours au niveau de l'inspection du travail. "L'entreprise faisait l'objet d'une enquête pour des expositions excessives au cadmium. Cela avait conduit à l'arrêt de cette activité en décembre et au placement du personnel en chômage économique".

Si, pour les questions liées à la santé, Pierre-Yves Jeholet a renvoyé vers le ministre en charge, Yves Coppieters (Les Engagés), il a par ailleurs évoqué l'avenir des travailleurs. Une cellule de reconversion devrait prochainement être mise en place à la demande des organisations syndicales. "La cellule de reconversion permettra de mettre à disposition un accompagnement par des conseillers du Forem et des accompagnateurs sociaux, ainsi que le matériel utile à la recherche d'emploi et de formation", a-t-il expliqué.

De son côté, Bruno Lefèbvre insiste pour collaborer avec des acteurs locaux - la Maison de l'Emploi ou l'Agence locale pour l'emploi - "qui connaissent bien le marché athois".

Une faillite qui tombe à pic ?

Invitée dans l'émission Politiquement Incorrecte jeudi dernier, l'échevine athoise Ludivine Gauthier (PS) émettait déjà des doutes concernant l'aveu de faillite de l'entreprise.

Bruno Lefèbvre, lui, n'a pas mâché ses mots au Parlement wallon. "Elle a déposé le bilan dans des circonstances assez particulières, je trouve, ce qui a conduit à une incertitude totale de l'activité et surtout pour les travailleurs", explique-t-il avant d'évoquer la situation financière. "La veille de la faillite, la société mère (Aurea) évoquait un chiffre d'affaires de 225 millions d'euros pour 2025. Mais on découvre aujourd'hui qu'une autre société annexe est propriétaire du site et qu'ils disent ne plus avoir les moyens de payer".

De son côté, le ministre Jeholet évoque une situation financière déjà fortement dégradée, avec des capitaux propres négatifs et plus de 13 millions d'euros de dettes, ainsi qu'une trésorerie sous tension. "Le léger bénéfice enregistré en 2024 n'a pas suffi, loin de là, à redresser l'entreprise", détaille-t-il.

Le ministre fait également référence à un marché européen tendu, ainsi qu'à d'autres causes potentielles de la perte d'activité, telles que les coûts énergétiques élevés, la demande industrielle faible, la concurrence internationale accrue ou encore la forte volatilité des métaux.

Ils veulent nous faire croire qu'ils sont aujourd'hui la pauvre société qui ne bénéficie plus de rien, victime des marchés, et même plus propriétaire du site

Mais Bruno Lefèbvre ne l'entend pas de cette oreille. Il n'a d'ailleurs pas caché sa colère face aux responsables de Flaurea. "Tout d'un coup, on nous fait croire qu'ils sont en faillite, que plus rien ne va, que leur cadmium n'est plus bon à rien et qu'ils doivent déclarer le bilan avec une société mère qui fait 225 millions d'euros de chiffre d'affaires. Qu'ils sont aujourd'hui la pauvre société qui ne bénéficie plus de rien, victime des marchés, et même plus propriétaire du site pourtant valorisé à 12 millions d'euros en plein centre-ville. C'est assez scandaleux", a insisté le député socialiste.

Quid de l'avenir du site ?

Comme l'a déploré Bénédicte Linard, l'avenir du site est loin d'être rose. "Il y a très peu de perspectives à ce stade pour une éventuelle reprise d'activité", explique-t-elle suite à la réponse du ministre Jeholet.

De son côté, Bruno Lefèbvre a également interpellé le ministre de l'Environnement, Yves Coppieters, par le biais d'une question écrite."Certes, la question de l'exposition des travailleurs relève principalement des compétences fédérales, mais au-delà de cet aspect, des informations font état d'une possible pollution du site. Confirmez-vous qu'une pollution des sols ou des eaux souterraines a été constatée sur le site de Flaurea Chemicals à Ath ?", a-t-il demandé.

À ce sujet, le ministre Coppieters rappelle l'historique du site, notamment son occupation durant une centaine d'années par la Floridienne avant d'être repris par Flaurea, pour confirmer la pollution des lieux. "Ces deux usines opéraient dans le domaine de la chimie des métaux non ferreux, dont le cuivre, le plomb et le zinc sont les principaux. Le cadmium, métal associé souvent considéré comme indésirable, faisait toutefois l'objet d'une valorisation par Flaurea Chemicals, qui le transformait en sels destinés notamment à la fabrication de batteries et de pigments. Ces métaux lourds ont impacté le sol et les eaux souterraines sous la totalité de l'emprise de l'usine en rive gauche de la Dendre", détaille Yves Coppieters, précisant que son administration est au courant de cette pollution.

Le ministre rappelle également qu'un expert en gestion des sols pollués avait déjà été désigné pour la réalisation d'une étude d'orientation dans le cadre du renouvellement du permis. "En regard de l'occurrence desdites pollutions et de la cessation des activités, mon administration demeure dans l'attente de l'introduction de cette étude d'orientation conforme aux dispositions du décret du 1er mars 2018 relatif à la gestion et à l'assainissement des sols. Ces obligations demeurent à charge du curateur dans le cadre de la faillite, conformément aux dispositions dudit décret, dans le respect du principe du pollueur-payeur", évoque le ministre, qui précise encore qu'aucune garantie financière n'est actuellement fixée pour couvrir les frais d'assainissement du site.

À la question de Bruno Lefèbvre sur les risques éventuels pour les riverains et pour l'environnement, le ministre Coppieters indique que l'administration a pris en charge l'analyse de risque pour la population, notamment en ce qui concerne la possible migration de ces métaux dans l'aquifère. Une étude a ainsi été menée par la SPAQUE. "Sur la base des analyses réalisées dans ce puits et des données issues de plusieurs piézomètres installés autour du site, la SPAQUE a défini la zone dans laquelle les eaux souterraines étaient contaminées par les métaux", précise le ministre de l'Environnement et de la Santé dans sa réponse écrite.

Un périmètre interdisant tout captage d'eau à des fins alimentaires avait également été établi par la Ville d'Ath."À l'issue des investigations menées sur deux années, ce périmètre a été ajusté", conclut Yves Coppieters.


A.D.