PFAS : une vaste campagne de tests menée par les Verts/ALE révèle une contamination généralisée
Le groupe des Verts/ALE du Parlement européen a mené une grande opération de testing sanguin aux PFAS. 110 personnes à travers l’Europe y ont participé, dont une dizaine de Belges. Parmi eux, la députée européenne, Saskia Bricmont, la coprésidente d’Ecolo, Marie-Colline Leroy ou encore l’agriculteur de Bois-de-Lessines Hugues Falys. Les résultats sont jugés alarmants par le groupe politique.
À l'initiative du groupe des Verts/ALE, une opération de testing sanguin volontaire a été proposée à 110 personnes de neuf pays européens (Italie, Belgique, France, Croatie, Allemagne, Luxembourg, Espagne, Danemark, Finlande) : des travailleurs exposés aux PFAS dans leur métier, des mères de famille, femmes enceintes et des habitants de zones polluées.
Les échantillons sanguins ont été analysés par l'Institute for Occupational and Maritime Medicine du centre hospitalier universitaire de Hambourg (UKE), puis interprétés par la faculté de toxicologie environnementale de la Vrije Universiteit Amsterdam (VUA), à la demande du groupe des Verts/ALE.
En Belgique, parmi les personnes testées, on retrouve Adélaïde Charlier, Chloé Mikolajczak, Hugues Falys, la princesse Esmeralda de Belgique, les coprésidents d'Ecolo Gilles Vanden Burre et Marie-Colline Leroy ou encore Saskia Bricmont.
Des résultats sans appel : personne n'y échappe
Les résultats de cette étude ont été divulgués ce jeudi. Les quatre PFAS "habituels" mesurés (PFOA, PFOS, PFHxS, PFNA) sont retrouvés dans le sang de la quasi-totalité des participants. Mais c'est une autre molécule qui domine très largement les résultats : le TFA (acide trifluoroacétique), un PFAS à chaîne ultracourte, longtemps considéré comme moins préoccupant.
Le TFA est détecté dans 100 % des échantillons, à des concentrations médianes de 21,2 ng/mL, contre 4,6 ng/mL pour la somme des quatre PFAS historiques. Le TFA représente à lui seul plus de 80 % de la charge totale de PFAS mesurée dans le sang des participants, et atteint les niveaux les plus élevés jamais rapportés chez l'humain.
Les résultats rapportent ainsi que :
- 1 participant sur 4 (25 %) dépasse déjà le seuil de sécurité sanitaire fixé par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour les quatre PFAS historiques.
- Chez les hommes, plus d'1 participant sur 2 (54 %) dépasse ce seuil, et l'exposition augmente avec l'âge : signe d'une contamination qui s'accumule sur toute une vie.
Les Verts/ALE rappellent qu'aucun seuil de sécurité sanitaire n'existe aujourd'hui pour le TFA dans le sang humain : impossible, à ce stade, de dire à partir de quel niveau il devient dangereux alors qu'il est déjà partout.
Les Verts/ALE demandent l'interdiction des PFAS
Le TFA est un produit de dégradation de nombreux composés fluorés : réfrigérants, pesticides, médicaments et d'autres PFAS eux-mêmes. Extrêmement mobile et persistant, il est considéré comme le plus petit composé de la famille des PFAS et s'accumule particulièrement facilement dans l'eau et les cultures. Il était jusqu'ici peu surveillé, considéré comme moins bioaccumulable donc moins toxique que les PFAS à longue chaîne.
En juin 2026, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a cependant recommandé de classer le TFA comme toxique pour la reproduction (catégorie 1B) : susceptible de nuire à l'enfant à naître et suspecté d'altérer la fertilité. Un mois plus tard, l'EFSA a divisé par 3,5 la dose journalière tolérable de TFA, sur la base d'effets sur la thyroïde observés dans des études animales.
Pour les Verts, ces résultats confirment l'urgence d'une interdiction large de l'ensemble des PFAS au niveau européen, TFA inclus, et l'intégration systématique de ce polluant dans les futures campagnes de biosurveillance humaine.
Le groupe a utilisé ces résultats pour nourrir une résolution demandant à la Commission européenne l'adoption d'un texte dédié à la protection des travailleurs exposés aux PFAS.
Ce que demande le groupe des Verts/ALE :
Une restriction large de l'ensemble des PFAS au niveau européen, incluant le TFA, pour mettre fin à la " substitution regrettable " d'une molécule interdite par une autre tout aussi problématique. Les biens de consommation ainsi que les biens industriels devront être concernés.
L'adoption de valeurs limites d'exposition professionnelle aux PFAS, aujourd'hui inexistantes, pour protéger les travailleurs des secteurs les plus exposés.
L'établissement d'un seuil de sécurité sanitaire fondé sur les niveaux dans le sang pour le TFA, afin de pouvoir évaluer le risque réel encouru par la population.
Le renforcement de la biosurveillance humaine en Europe, en y intégrant systématiquement les PFAS à chaîne ultra courte comme le TFA.
Pour la députée européenne athoise Saskia Bricmont qui a pleinement porté cette opération de testing : " Les risques sanitaires liés aux PFAS, comme l'infertilité, certains cancers ou encore les perturbations du système immunitaire, sont désormais bien connus. Ils sont pourtant partout : dans les légumes, les fruits, le pain, dans l'eau potable. Si certaines personnes sont davantage exposées ou vulnérables, comme les agriculteurs, les pompiers, les femmes enceintes ou les jeunes enfants, les résultats des tests menés sur une centaine d'Européens montrent une fois de plus que nous sommes tous exposés, à des degrés divers.
Un important signal d'alerte concerne le TFA, un PFAS encore peu étudié : il est détecté chez 100 % des participants au test, avec des concentrations médianes 4 à 5 fois supérieures à celles des PFAS les plus connus. Le TFA représente ainsi plus de 80 % de la charge totale de PFAS mesurée dans le sang et atteint des niveaux parmi les plus élevés jamais rapportés chez l'humain. C'est préoccupant pour chaque femme enceinte, car l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a établi cet été que le TFA est nocif pour les femmes enceintes et leur bébé à naître, et qu'il peut nuire à la fertilité.
Les taux de contamination sont tels que, pour notre santé et notre environnement, la seule solution réaliste est d'agir à la source et d'interdire les PFAS. Des pays ont commencé à les interdire, des entreprises ont réussi à les supprimer de leurs produits. Si le politique ne les interdit pas, c'est uniquement pour assurer les profits d'une industrie dont le lobbying fonctionne. Il n'est pas question que nos corps et notre environnement soient les réceptacles d'une pollution chimique provoquée pour assurer les profits de quelques-uns ! "
S.L.