Lutte contre le frelon asiatique : «On va devoir cohabiter avec cette espèce invasive»

Lutte contre le frelon asiatique : «On va devoir cohabiter avec cette espèce invasive»

Wallonie picarde

Ce samedi, notre + de l'info était consacré à la lutte contre le frelon asiatique. S'il est impossible d'éradiquer cette espèce invasive, l'enjeu est plutôt de limiter son impact localement.

Aujourd'hui, si la densité des nids varie d'une commune à l'autre, toute la Wallonie est colonisée par le frelon asiatique. Cela fait 20 ans que cette espère est présente en France, et 10 ans en Belgique. "C'est une espère que l'on connaît encore peu dans le monde scientifique. Il y a très peu de publications sur cette espèce invasive. On a encore beaucoup de questions fondamentales, explique Louis Hautier, entomologiste au Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W). Nous, on a travaillé sur une approche pratique, notamment sur la protection des ruchers. On a testé différents systèmes comme les harpes ou les muselières qui ont montré une efficacité. Ils réduisent le stress des colonies d'abeilles mellifères, qui s'ajoute à la prédation que le frelon exerce".

Les pièges sélectifs

La lutte contre le frelon asiatique débute dès le printemps. "Plus de 50.000 reines fondatrices ont été piégées lors de notre campagne qui s'est terminée il y a quelques semaines. S'il y a autant de fondatrices, c'est parce qu'un nid va générer plusieurs centaines de fondatrices chaque année. Ces fondatrices ne survivent pas forcément à l'hiver, ça dépend des conditions climatiques, mais cette année on a assisté à un début de saison favorable pour elles". Pour piéger les reines, des pièges d'une sélectivité à 80% ont été utilisés. "On a commencé à travailler sur les pièges sélectifs car on a testé des pièges à noyade vendu dans le commerce qui étaient une catastrophe pour la biodiversité. On a développé un cône de piégeage sélectif qu'on a étudié en laboratoire avec différentes espèces comme l'abeille mellifère, les bourdons ou les frelons européens, pour dimensionner le piège".  D'abord distribués au niveau apicole, ces pièges ont été distribués au grand public cette année. "On a assisté à un engouement au niveau de la population avec des distributions au niveau des communes et des provinces. Les données sont là pour étudier l'effet du piégeage sur les densités de nids".

Après le piégeage, vient la destruction des nids primaires et secondaires. Il existe un nouvel outil de signalement pour les citoyens. "Cette année, l'application FixMyStreet permet de signaler un nid sur toute la Wallonie. Ce qui permettra de renseigner le référent communal pour qu'il puisse évaluer comment ce nid doit être géré".

La destruction des nids

Car de nombreuses fondatrices, qui n'ont pas été piégées, bâtissent ensuite des nids primaires puis secondaires. Mais qui s'occupe de les détruire ? "Durant les premières années, les pompiers les prenaient en charge, puis ça n'a plus été le cas, indique Christophe Gruwier, de la Cellule environnement de Mouscron. Ensuite la Région wallonne ne les a plus pris en charge non plus. Les communes ont dû s'organiser comme elles le pouvaient. A Mouscron, lors des deux dernières années, la commune a pris en charge la neutralisation des nids secondaires [...] Mais dans chaque commune les cas sont différents". Christophe Gruwier pense que la stratégie globale évoluera sur le fait de gérer les situations risquées en premier lieu. "Les autres situations, si on sait les gérer et que la commune est d'accord, c'est parfait. Mais beaucoup de communes vont se limiter, je pense, aux points essentiels".

Louis Hautier le rejoint sur le sujet. "Ce sera effectivement impossible d'éradiquer tous les nids en Wallonie, donc on va devoir prioriser les actions. En ciblant les écoles, les hôpitaux, les maisons de repos, les nids en bordure de voirie en-dessous de 5m de hauteur ou à proximité des ruchers. Les nids à 20-25m de hauteur qui ne posent pas de problèmes ne devront pas être neutraliser. On peut agir de manière raisonnée et c'est cette politique qui est prônée actuellement au niveau de la Wallonie".

Coordination entre les acteurs

Pour que la stratégie de lutte contre le frelon asiatique fonctionne, il faut une coordination efficace entre les acteurs. "Elle est en train de se mettre en place, glisse l'entomologiste. On co-construit ce plan frelon avec les différents acteurs. On est bien conscients de la diversité d'actions, entre les communes qui vont neutraliser tous les nids et celles qui vont les cibler. Et pour aider le citoyen à se retrouver, il va y avoir une carte interactive sur le portail biodiversité pour consulter la politique présente dans chaque commune. Et à partir de là des actions pourront être menées pour gérer le frelon asiatique là où il pose le plus de problèmes".

Une option est-elle meilleure que l'autre en termes de stratégies pour lutter ? "On peut les combiner et être dans une approche intégrée avec du préventif et curatif. C'est clair que la neutralisation d'un nid primaire est plus simple et moins coûteuse. Cette action-là permet de limiter le développement du frelon asiatique".

Et peut-on trouver de l'inspiration en Flandre ou en France avec des stratégies globales à l'échelle d'un territoire ? "Elles sont en construction aussi. En France, le frelon est là depuis 20 ans et c'est seulement cette année qu'un plan national a été lancé, ce qui montre la difficulté de coordonner des actions. Mais on va devoir cohabiter avec cette espèce invasive, c'est pour cela qu'il faut trouver les mesures les plus adaptées et moins impactantes pour la biodiversité et l'environnement".

L'importance de la sensibilisation

Pour Louis Hautier, il est important de sensibiliser la population sur la présence du frelon asiatique. "Pour qu'elle ne tombe pas dans la psychose, dit-il. Un frelon isolé n'attaque pas, par contre une attaque peut se déclencher si on s'approche à moins de 5 mètres d'un nid. Ces nids vont se retrouver dans des endroits inhabituels, comme des haies ou dans les arbres. Un des publics à conscientiser sont les entrepreneurs de parcs et jardins, les bûcherons et les grimpeurs élagueurs".

Il est important de noter également que tout ce que l'on apprend aujourd'hui sur le frelon asiatique nous permettra peut-être de nous protéger contre d'autres espèces, comme l'un de ses cousins, le frelon japonais. "Le frelon géant est le plus grand qui existe au monde. Il n'est pas présent en Europe. Il est arrivé aux Etats-Unis et ils ont réussi à l'éradiquer. Tout ce qu'on apprend sur le frelon asiatique à pattes jaunes, on pourra le transposer dans la lutte contre le frelon japonais. D'ailleurs, au niveau européen, une analyse de risques est en train d'être faite sur ce frelon".


L.C.