Vols de bus répétés par un adolescent : «L'urgence, c'est d'investir dans l'aide à la jeunesse» plaide le procureur du Roi de Mons-Tournai
Début de semaine, un adolescent s'est emparé d'un bus LETEC pour faire une virée sur les routes. Déjà connu de la justice pour des faits similaires, il a toutefois pu rentrer chez lui faute de place dans une structure de prise en charge adaptée
Les faits se sont déroulés dans la nuit de lundi à mardi lorsqu'un adolescent de la région de Tournai, qui n'avait pas encore 16 ans au moment des faits, s'est emparé d'un bus stationné dans un dépôt privé travaillant pour LETEC. Après avoir effectué un trajet jusqu'à Mouscron, il a abandonné le véhicule avant de repartir à pied.
Pour Vincent Macq, procureur du Roi de Mons-Tournai, le caractère préoccupant de l'affaire ne réside pas uniquement dans le vol lui-même. Le jeune est connu des services judiciaires pour des faits similaires depuis l'âge de 12 ans et a déjà comparu à plusieurs reprises devant le juge de la jeunesse. "On est tous d'accord sur le fait que ce jeune est dangereux pour lui-même et pour autrui", souligne le procureur. Malgré cela, cet adolescent a pu rentrer chez lui cette semaine faute de place dans des Institutions Publiques de Protection de la Jeunesse (IPPJ) ou des Services Résidentiels pour Jeunes (SRJ) ou d'autres centres spécialisés.
Des institutions saturées
Le magistrat explique que le jeune aurait besoin d'une prise en charge spécialisée. Or, les structures adaptées affichent complet et les listes d'attente ne cessent de s'allonger. "Tous les jours devant les tribunaux de la jeunesse du pays, comparaissent des jeunes qui devraient être pris en charge et qui ne le sont pas, tout simplement parce qu'il n'y a pas de moyens", déplore-t-il.
Pour Vincent Macq, ce dossier est "l'arbre qui cache la forêt" d'une crise plus large touchant l'ensemble du secteur de l'aide à la jeunesse. De nombreux jeunes nécessitant un accompagnement spécialisé restent aujourd'hui sans solution adaptée, faute de places disponibles. Il craint que l'absence de prise en charge précoce ne conduise ces jeunes vers la délinquance à l'âge adulte. "Quand ils auront 18 ans, ils entreront dans la case prison", avertit-il.
La justice fait le job
Face aux critiques qui visent parfois l'institution judiciaire lorsqu'un mineur récidive, le procureur tient à rappeler que les différents acteurs accomplissent leur mission. "La police fait le job, le parquet fait le job, le juge fait le job", insiste-t-il.
Mais selon lui, la justice ne peut agir qu'à hauteur des moyens qui lui sont accordés. "La justice ne peut travailler qu'avec les outils qu'on lui donne", résume-t-il, regrettant que les magistrats soient régulièrement confrontés à l'absence de solutions concrètes pour certains jeunes pourtant identifiés comme nécessitant une prise en charge urgente.
Le procureur estime que le risque est double : pour les citoyens, mais aussi pour les jeunes eux-mêmes. Faute d'accompagnement adapté, certains pourraient poursuivre leur parcours délinquant jusqu'à leur majorité et intégrer ensuite le système pénitentiaire.
Un appel au monde politique
Magistrat depuis 27 ans, dont de nombreuses années passées à la jeunesse, Vincent Macq affirme que les alertes sur le manque de moyens ne datent pas d'hier. "Déjà il y a 25 ans, on criait que l'absence de moyens dans l'aide à la jeunesse allait provoquer des catastrophes", rappelle-t-il.
Il appelle dès lors les responsables politiques à faire de la jeunesse une priorité budgétaire malgré les contraintes financières actuelles. Pour lui, investir aujourd'hui dans l'accompagnement des jeunes en difficulté est indispensable pour éviter des problèmes plus graves demain.
"Si demain on ne la prend pas en charge, c'est toute la société qui ira mal", avertit Vincent Macq.
B.D.