« Quand il n’y a plus le temps de soigner correctement, le risque devient la norme », Blandine Motte s'inquiète de la situation au sein des maisons de repos du CPAS
La conseillère communale socialiste a interpellé la présidente.
Il y a un an, le personnel soignant des maisons de repos manifestait au sein du conseil communal de Tournai pour protester contre ses conditions de travail. À l'époque, la conseillère socialiste Blandine Motte interpellait la présidente du CPAS pour demander des avancées. Ce lundi, elle l'a à nouveau interrogée car, selon elle, rien n'a vraiment changé. "Un an plus tard, des réalités de terrain continuent à être rapportées, faisant état notamment de sous-effectifs structurels, d'absences non remplacées durant plusieurs semaines, d'une charge de travail particulièrement élevée et d'un épuisement croissant des équipes."
Un absentéisme qui complique l'organisation
La conseillère d'opposition demande donc des comptes à Héloïse Renard. Elle s'inquiète surtout d'une baisse de la qualité des services pour les résidents. La présidente se veut cependant rassurante."Effectivement, l'absentéisme de courte durée impacte l'effectif au quotidien. Donc c'est une réalité. On parle de certificats médicaux d'une à trois semaines et ça complexifie vraiment l'organisation. Lorsque l'absence dépasse le mois de salaire garanti, les remplacements sont sollicités en fonction des besoins réels afin d'éviter une surcharge de travail ou des heures supplémentaires."
Une gestion jugée trop chiffrée
Blandine Motte entend les difficultés évoquées par la présidente du CPAS, mais elle pointe du doigt un changement de logique dans la gestion de l'institution. Pour elle, la majorité bascule dans une approche plus chiffrée qu'humaine. "L'absentéisme est un problème et je le reconnais. Mais attaquons-nous aux causes de l'absentéisme. Pourquoi les infirmières sont-elles absentes ? C'est souvent le symptôme d'équipes épuisées, contraintes de travailler à flux tendu depuis trop longtemps. Aujourd'hui, ce sont trois fondamentaux qui sont directement mis en danger : la sécurité, le bien-être des résidents et la santé physique et mentale du personnel soignant. Vous savez, quand il n'y a plus le temps de soigner correctement, le risque devient la norme pour les patients comme pour ceux qui les accompagnent, au détriment de la sécurité, de la qualité des soins et du sens même de notre métier."
Huit minutes par patient, un rythme dénoncé
La socialiste ne semble pas très convaincue par les propos d'Héloïse Renard. Elle prend comme exemple une infirmière qui doit parfois se charger de deux services sur une même journée, ce qui n'offre qu'une moyenne de huit minutes par patient. "Moi, ça me choque vraiment, ces huit minutes pour un patient. Je ne sais pas si vous vous imaginez, mais je vais peut-être être crue dans mes paroles : un patient d'un certain âge, grabataire, qui ne bouge plus, qui a un souci et qui va à selles Vous croyez vraiment qu'en huit minutes, l'infirmière peut le changer, le laver, changer les draps, le rhabiller, le rassurer, discuter avec lui ? Les autres minutes, ce seront des patients ou des résidents qui ne seront pas vus. Ça, c'est invivable."
Héloïse Renard dit entendre les craintes, mais veut rassurer en rappelant que les directions restent à l'écoute. On le sent donc, la situation reste critique au sein des maisons de repos du CPAS de Tournai. Il faudra voir, dans les prochaines semaines, si des évolutions positives auront lieu pour le bien-être tant des patients que du personnel.
R.R.