« Ça allait finir par exploser » : le CPAS de Chièvres prend des mesures pour améliorer sa trajectoire budgétaire

« Ça allait finir par exploser » : le CPAS de Chièvres prend des mesures pour améliorer sa trajectoire budgétaire

« Ça allait finir par exploser » : le CPAS de Chièvres prend des mesures pour améliorer sa trajectoire budgétaire

Transferts de services, synergies et réforme du chômage ont été au cœur des réflexions en vue d’établir le budget 2026 du CPAS de Chièvres.

La présidente du CPAS, Églantine Gossuin (Commune En'Vie), le déclarait il y a un an, à l'heure de voter le budget 2025 : "nous avons une photographie de la situation qui nous impose, tous autour de la table, de trouver des solutions". La situation délicate du CPAS n'est pas nouvelle. Elle se dégrade depuis 2021, mettant en avant un sous-financement de l'institution.

Ce mercredi 28 janvier lors du conseil communal, le budget 2026 a été voté et des mesures ont été prises pour améliorer la trajectoire budgétaire de l'institution sociale chièvroise. "Il devenait vraiment de plus en plus nécessaire de revoir notre trajectoire budgétaire. On a réussi à maintenir le couvercle sur la cocotte-minute pendant des années, mais ça allait finir par exploser d'un moment à l'autre", confie Olivier Gago y Mantero.

Le directeur financier de la ville et du CPAS l'admet : "Ça n'a pas été un travail facile de venir avec un budget devant vous ce soir". Depuis un an, le directeur financier et la présidente du CPAS, Églantine Gossuin (absente pour raison médicale lors de ce conseil communal), travaillent de concert afin de dégager des pistes de solutions permettant de maintenir les services essentiels tout en les développant. Qualifié de "budget de transition" par le directeur financier, ce budget, qui s'élève à 3 343 763 euros, se veut donc plus réaliste.

Lors du conseil communal, Olivier Gago y Mantero a détaillé les trois axes qui ont influencé ce budget :

  • le transfert des services à prestations
  • les synergies
  • l'impact de la réforme des allocations de chômage

Les services à prestations repris par des sociétés privées

Le transfert des services à prestations avait déjà été voté en conseil de l'action sociale. Il concerne les aides ménagères, les aides familiales et les titres-services. "Transférer trois services d'un CPAS de la taille de celui de Chièvres, c'est évidemment assez colossal ", précise Olivier Gago y Mantero.

Cette décision fait notamment suite à un rapport de l'AVIQ datant de quelques années, qui mettait déjà en évidence la difficulté de poursuivre ces missions. "Il ne remettait pas en cause la qualité des services rendus, mais la taille de notre territoire et celle de notre institution ne permettaient pas d'assurer la continuité du service comme nous le souhaitions", détaille le directeur financier. Ce dernier évoque notamment l'absentéisme et l'impossibilité de procéder à des remplacements ponctuels. Le directeur financier avait également souligné que ces services étaient largement déficitaires, car très dépendants de subventions provenant d'autorités supérieures.

Afin de ne pas impacter les travailleurs et les bénéficiaires, plusieurs pistes ont été étudiées. Finalement, la ville est parvenue à trouver des repreneurs pour ces trois services, "avec la garantie du maintien de l'emploi et des conditions de travail, voire même avec des avantages supérieurs à ce que nous pouvons offrir, notamment les chèques-repas, dont nos agents ne bénéficient pas", précise le directeur financier.

Ce transfert permet de réduire les dépenses globales de personnel de 737 000 euros par rapport à 2025. Les démarches administratives sont actuellement en cours afin de finaliser l'opération.

Transférer trois services d'un CPAS de la taille de celui de Chièvres, c'est assez colossal

De son côté, l'opposition socialiste comprend les mesures, mais craint la disparition progressive de certains services du giron du CPAS. "On se retrouve à devoir prendre des mesures structurelles par rapport à ces transferts. On peut se poser des questions sur la perte progressive de ces services pour le citoyen, même si ces décisions s'avèrent malheureusement nécessaires pour maintenir le CPAS à flot", explique Rémy Bette (PS).

Le chef de file socialiste redoute également une hausse des tarifs pratiqués par les sociétés privées. En réponse, la bourgmestre a rassuré, en précisant que ces tarifs sont fixés par la Région wallonne.

De nouvelles synergies

Outre les synergies déjà en place au niveau des finances et des ressources humaines, le CPAS de Chièvres a procédé à d'autres optimisations. C'est notamment le cas du centre de vacances, jusqu'ici organisé par le CPAS. Désormais, c'est la ville qui en assurera la charge. "Le transfert de l'ensemble des postes de dépenses dans le budget communal va nous permettre de prétendre à une subvention de l'ONE (Office de la naissance et de l'enfance) , ce qui n'était pas possible auparavant", explique le directeur financier.

Si cette opération impacte les dépenses de fonctionnement de la ville, elle permettra aussi d'augmenter les recettes. "C'est de l'optimisation financière, bénéfique pour tout le monde", se réjouit Olivier Gago y Mantero.

La réforme du chômage : la grande inconnue

C'est sans doute le volet le plus difficile à maîtriser. Le directeur financier le reconnaît : le manque d'informations claires et concrètes complique fortement les prévisions. "Concrètement, personne n'était capable de nous dire combien de nouveaux usagers allaient frapper à la porte du CPAS, ni quelle serait la charge financière et de travail pour les assistants sociaux", déplore-t-il.

Le CPAS a donc opté pour une prévision "standard", mais prudente. "Nous sommes partis sur l'hypothèse que deux tiers des personnes exclues lors de la première vague reviendraient au revenu d'intégration. Dans les faits, ce n'est pas ce qui se produit, mais il valait mieux être prudent".

Le directeur financier compte également sur les comptes, attendus en avril ou en mai, ainsi que sur les modifications budgétaires pour ajuster les prévisions. "Chaque jour, chaque semaine, nous en apprenons davantage sur la situation socio-économique de Chièvres et sur le nombre d'usagers. Cela nous permettra d'affiner nos hypothèses".

Peu d'investissements à l'extraordinaire

Si le fonds de réserve ordinaire est désormais totalement épuisé, un fonds subsiste au niveau de l'extraordinaire. "Cela nous permet de réaliser de petits investissements sans devoir nous endetter, et c'est extrêmement sain", se félicite le directeur financier.

Pour 2026, les investissements resteront très limités et concerneront essentiellement le renouvellement du matériel informatique et du mobilier.

La présidente du CPAS, Églantine Gossuin, souhaite également lancer une réflexion sur le parc de logements, dont certains nécessitent des travaux. Faute de compétences spécifiques en interne, un auteur de projet sera désigné afin d'établir un état des lieux et d'identifier les investissements à prévoir.


A.D.