Avenir des églises en Wallonie picarde : ce qu'il faut retenir de l'émission Place publique

Avenir des églises en Wallonie picarde : ce qu'il faut retenir de l'émission Place publique

Pendant près de 2h, les différents intervenants ont échangé sur plusieurs questions liées à l'avenir de ces bâtiments.

Faut-il conserver toutes les églises de Wallonie picarde ? Les ouvrir à d'autres activités ? Fusionner les fabriques d'église pour alléger les charges des communes ? Ce mardi soir, notélé et L'Avenir ont consacré leur émission Place publique à ces questions, depuis l'église Sainte-Anne d'Herquegies. Entre attachement au patrimoine, difficultés financières et évolution des pratiques religieuses, plusieurs pistes se dessinent pour l'avenir de ces bâtiments.

À Herquegies, une église sauvée grâce à la mobilisation des habitants

Le choix de l'église Sainte-Anne d'Herquegies, dans l'entité de Frasnes-lez-Anvaing, pour accueillir ce débat n'avait rien d'anodin. Fermé en 2013 en raison de problèmes structurels, l'édifice a bien failli être en grande partie démoli. Mais les habitants se sont mobilisés pour le préserver.

Après d'importants travaux, l'église a rouvert ses portes en 2020. Les associations locales ont récolté quelque 37.000 euros pour participer à sa rénovation intérieure. De son côté, la commune a consacré 420.000 euros aux travaux extérieurs, avec un peu plus de 200.000 euros de subsides régionaux.

Aujourd'hui, seules quatre à cinq messes y sont célébrées chaque année, auxquelles s'ajoutent notamment des funérailles. Pour Aubain Motte, membre de la fabrique d'église, l'enjeu est désormais de faire vivre ce bâtiment en y organisant davantage d'activités.

Un exemple qui illustre l'un des constats de la soirée : même lorsque la pratique religieuse diminue, l'attachement des habitants à leur église reste important.

Des fabriques d'église appelées à fusionner

C'est l'un des grands chantiers évoqués pendant l'émission : la réforme des fabriques d'église.

Ces établissements publics, administrés principalement par des bénévoles, sont chargés de la gestion matérielle des lieux de culte. Leur fonctionnement repose encore largement sur une législation datant de 1809. Lorsque leurs ressources sont insuffisantes, les communes doivent intervenir financièrement.

Mais le système montre ses limites. Les bénévoles vieillissent, les trésoriers sont difficiles à remplacer et les obligations administratives sont de plus en plus complexes.

Dans le diocèse de Tournai, on compte quelque 530 fabriques d'église. Étienne Van Quickelberghe, responsable du SAGEP, a notamment plaidé pour une professionnalisation de certaines tâches et une mutualisation des moyens.

Plusieurs communes de Wallonie picarde ont déjà engagé des démarches.

À Estaimpuis, le bourgmestre Frédéric Di Lorenzo a expliqué qu'une fusion volontaire des sept fabriques d'église était en préparation. À Brunehaut, où l'on en compte neuf, des achats groupés et des collaborations existent déjà.

La Région wallonne travaille également sur une réforme. Le député Loris Resinelli a toutefois précisé que les discussions étaient toujours en cours et qu'aucun projet de décret n'avait encore été déposé au Parlement.

Une distinction a été rappelée à plusieurs reprises par Olivier Frohlich, vicaire général : "Qui dit fusion de fabrique d'église ne dit pas nécessairement fermeture d'église."

Les communes face à des dépenses considérables

Derrière la question de la gestion se pose inévitablement celle du financement.

À Frasnes-lez-Anvaing, le bourgmestre Jacques Dupire a rappelé que la commune comptait 16 fabriques d'église et 18 édifices religieux, sans compter deux chapelles. Son intervention annuelle ordinaire avoisine les 230.000 euros.

À Estaimpuis, plus de quatre millions d'euros ont été investis dans la rénovation des églises.

Les travaux de restauration représentent parfois des montants difficiles à supporter pour les pouvoirs locaux, particulièrement lorsque les bâtiments sont classés.

Sophie Denoël, inspectrice générale à l'Agence wallonne du Patrimoine, a rappelé que des subsides peuvent couvrir au moins 50 % de certains travaux éligibles sur les édifices protégés. Mais les restaurations restent coûteuses et complexes.

À Celles, le bourgmestre Michaël Busine a évoqué un chantier estimé à 1,5 million d'euros pour l'enveloppe extérieure d'une église classée, avec une répartition envisagée à parts égales entre la Région et la commune.

Il a également soulevé une question sensible : pourquoi ne pas permettre aux fabriques d'église de vendre une partie de leur patrimoine immobilier pour financer les rénovations ?

Une proposition qui ne fait pas l'unanimité. Pour les représentants de l'Église, ces biens génèrent aussi des revenus réguliers qui permettent de financer le fonctionnement des fabriques.

Toutes les églises doivent-elles rester des lieux de culte ?

C'est sans doute la question la plus délicate du débat.

Olivier Frohlich l'a reconnu : les besoins religieux actuels ne justifient plus nécessairement le maintien de tous les édifices dans leur fonction d'origine.

Mais décider de fermer une église ne peut se résumer à un calcul financier. Ces bâtiments occupent une place particulière dans l'histoire et l'identité des villages.

Le vicaire général a défendu une approche progressive : réorganiser d'abord les fabriques d'église, puis engager une réflexion avec les habitants sur l'avenir des différents bâtiments.

Pour Xavier Nys, ancien doyen d'Ath, les églises doivent aussi rester des espaces ouverts, où chacun peut trouver un moment de silence ou de recueillement, indépendamment de ses convictions.

Bryan Sultana, doyen de Frasnes-lez-Anvaing, a également insisté sur leur dimension sociale et symbolique. Une église n'est pas uniquement un endroit où l'on célèbre la messe : elle accompagne aussi les grandes étapes de la vie des habitants.

Culture, associations, bibliothèques : de nouvelles fonctions à imaginer

Plutôt que de fermer les églises peu fréquentées, plusieurs intervenants ont plaidé pour une diversification de leurs usages.

Concerts, expositions, rencontres associatives, espaces d'étude ou lieux de fraîcheur pendant les périodes de canicule : les pistes évoquées sont nombreuses.

À Tournai, l'église Saint-Nicolas accueille déjà des manifestations culturelles tout en conservant sa vocation religieuse. Une contribution financière liée aux recettes des événements permet de participer à ses frais de fonctionnement.

L'ancienne église Sainte-Croix de Gallaix, quant à elle, a été reconvertie en maison de village.

Valentin Vigneron, conseiller communal à Ath et choriste, a défendu une ouverture plus large des églises aux activités culturelles, notamment aux chorales et aux fanfares.

Cette cohabitation suppose néanmoins des règles claires. Dans une église toujours affectée au culte, le prêtre et la fabrique d'église conservent un rôle dans l'autorisation des activités.

Pour Sophie Denoël, maintenir une activité dans ces bâtiments constitue aussi un moyen de préserver le patrimoine. Un édifice utilisé et entretenu a davantage de chances de traverser les années.

Les habitants veulent conserver leurs églises, mais pas forcément uniquement pour la messe

Le public a également été invité à se prononcer à plusieurs reprises.

Lors d'un vote organisé pendant l'émission, 78 % des participants se sont déclarés favorables à une fusion des fabriques d'église.

Interrogés sur l'avenir des églises sous-utilisées, 50 % ont privilégié le maintien du culte avec l'organisation d'autres activités. La reconversion vers de nouvelles fonctions a recueilli 27 % des suffrages.

Ces résultats ne constituent pas un sondage représentatif, mais ils illustrent une tendance parmi les personnes ayant participé : l'attachement aux bâtiments ne signifie pas nécessairement le souhait de les réserver exclusivement à la pratique religieuse.

Un avenir à construire avec les habitants

Au terme de près de deux heures d'échanges, une orientation se dégage : le modèle actuel devra évoluer.

La fusion des fabriques d'église apparaît comme une piste largement soutenue pour simplifier la gestion administrative. Elle ne résoudra toutefois pas, à elle seule, le coût de l'entretien des bâtiments.

Quant à l'avenir des églises elles-mêmes, il n'existe pas de solution unique. Certaines continueront à accueillir les célébrations religieuses, d'autres pourraient développer des usages mixtes ou être entièrement reconverties.

Une conviction a traversé les interventions : les décisions devront tenir compte des réalités financières, mais aussi de la valeur patrimoniale et de l'attachement des habitants à ces lieux qui marquent depuis des générations le paysage de la Wallonie picarde.


J.C.