«L'exorcisme, c'est aider la personne à se libérer par la parole»
Qu'est-ce que l'exorcisme précisément ? Retrouve-t-on des liens entre ce rituel et le surnaturel ? Nous en avons discuté avec Michel Decarpenterie, prêtre exorciste qui officie au sein du diocèse de Tournai.
Depuis le début des années 90, Michel Decarpenterie est prêtre exorciste. Et depuis près de 25 ans, il reçoit les gens à Tournai. "Je demande aux gens de raconter leur histoire, on prend notre temps. L'exorcisme, c'est aider la personne à se libérer par la parole, c'est ce que ça veut dire en latin. Faire sortir la parole pour que la personne se libère et redevienne responsable d'elle-même".
Michel reçoit en général quatre à cinq personnes par semaine, pour des séances d'une heure. "Le point commun de toutes ces personnes, c'est qu'elles vont très mal. Elles vivent une souffrance très profonde, au point qu'elles n'ont plus personne vers qui aller. Venir ici, c'est le dernier recours pour beaucoup". Michel explique cependant bien qu'il n'est ni magicien, ni sorcier. "Ça ne marche pas au claquement de doigts, c'est un chemin de libération. Ça peut être long ou rapide, cela dépend de la confiance que la personne donne".
Le déroulé d'une séance
En quoi consiste une séance d'exorcisme ? "J'écoute beaucoup la personne, explique notre interlocuteur. Il arrive qu'on prie. Mais un rituel particulier d'exorcisme, c'est très rare". Le prêtre exorciste fait-il sortir le démon ? Michel Decarpenterie répond en rigolant : "On fait sortir la parole, ou les évènements vécus, qu'ils soient bons ou mauvais. Mais ne me faites pas dire qu'il s'agit du démon ou pas, on n'en sait rien". Mais le diable existe-t-il ?"Le mal existe oui. On le rencontre tous les jours, il suffit de sortir dans la rue. Seulement, dans la profession de foi chrétienne, on ne le nomme pas et on ne croit pas en lui".
Loin du surnaturel
Notre interlocuteur explique ne pas voir de surnaturel. "Parfois des questions se posent mais je n'ai pas vu de surnaturel, non. Je vois surtout le désespoir humain. Pour moi, c'est la plus grande pauvreté qu'il soit, parce qu'on est à bout et certains peuvent tomber dans le suicide".
Michel Decarpenterie rencontre-t-il des gens possédés ? "Qu'est-ce que ça veut dire être possédé ? On peut être possédé par un autre être humain, si on est manipulé par lui, répond-il. On ne parle pas de surnaturel, on parle des autres. S'il y a une possession un peu particulière, si je crois qu'un sort m'est envoyé par mon voisin et si je m'en fais tout un cinéma, si vraiment je reste dans cette posture et que ça tourne dans ma tête pendant des années, j'ai l'impression d'être possédé par mon voisin, par un démon ou un esprit. La seule façon de s'en libérer, c'est de mettre les choses au point, d'en parler, de reprendre sa vie en main. La peur des autres est un poison mortel. Dans la Bible, un refrain revient : n'ayez pas peur. Je sais que c'est facile à dire et plus difficile à faire mais c'est la seule solution. Il faut sourire des choses, les mettre à distance".
Si le rituel est bien basé sur Jésus Christ, chrétiens comme non-chrétiens viennent voir Michel. "Une personne qui vient me voir, vient maximum deux fois, car je ne suis pas pour le clientélisme. Si la personne est appelée à se libérer par la parole, c'est elle-même qui le fera. Pour ce faire, elle doit reprendre sa vie en main, elle doit se sentir responsable d'elle-même. De nombreuses personnes qui viennent ne se sentent plus responsables mais portent la responsabilité sur les autres par le biais de sorts ou de relations très conflictuelles". Michel explique que les gens se croient victimes des autres et parfois sujets de malédictions. Il faut alors essayer de les remettre dans leurs responsabilités d'adultes libres. "Je ne suis ni gourou, ni sorcier. Le pouvoir corrompt, dit-on. Et le pouvoir religieux corrompt encore plus. Je ne tiens pas à être corrompu [....] Ces personnes sont fragiles, on peut facilement les manipuler. Je ne demande pas de rémunération, ça serait de la simonie. Si les gens demandent s'ils peuvent donner quelque chose, je leur dis d'aller donner dans leur église".
L.C.