Coût-vérité : «On demande à l’habitant de payer de plus en plus», les bourgmestres de Mont-de-l’Enclus et de Lessines s’en prennent à Ipalle
À Mont-de-l’Enclus, le sac poubelle coûtera 1,50 € au lieu d’1 € l’an prochain, soit une hausse de 50 %. La commune doit couvrir les coûts de ses déchets et a choisi de ne pas toucher à la taxe. En séance, le bourgmestre a dénoncé les factures qu’Ipalle répercute sur les communes. Il n’est pas le seul : son homologue de Lessines a lui aussi critiqué l’intercommunale.
C'est la règle du coût-vérité, imposée par la Région wallonne : ce que la commune dépense pour collecter et traiter les déchets ménagers doit être couvert par ce que paient les habitants. La commune ne peut ni gagner ni perdre d'argent. Pour 2027, Mont-de-l'Enclus vise un taux de couverture de 99 %. Pour y arriver, il fallait trouver de nouvelles recettes.
Le sac plutôt que la taxe
L'échevine des Finances, Christel Verschuere, a présenté le choix du collège. "Nous ne voulions pas revoir à la hausse les taxes, ce qui avait déjà été fait il y a deux ans de façon assez conséquente", a-t-elle expliqué. La taxe immondices reste donc inchangée en 2027 : 110 € pour une personne isolée, 180 € pour un ménage de deux personnes ou plus, une seconde résidence ou un établissement professionnel, et 25 € par lit pour les établissements communautaires. Les sacs gratuits sont maintenus : 10 pour les isolés, 20 pour les autres.
C'est donc le prix du sac réglementaire de 60 litres qui augmente, de 1 € à 1,50 €. Pour l'échevine, la hausse reste mesurée : avec le tri des PMC et des déchets organiques, les habitants utilisent beaucoup moins de sacs payants qu'avant. Et ce choix colle à la logique du pollueur-payeur. "En augmentant les sacs, quelque part, on respecte aussi l'approche du coût-vérité", a-t-elle souligné. "On ne pénalise pas tout le monde de façon uniforme."
"On est obligé de le faire"
Le bourgmestre a ensuite pris la parole pour un long coup de gueule contre le système. L'an dernier déjà, la commune a dû supporter un coût supplémentaire de 5 € par habitant, lié à l'installation de points d'apport volontaire. Ces points de collecte sont pourtant voulus par Ipalle, qui insiste pour que les communes en installent. On leur avait même assuré que ces investissements feraient baisser la facture. "On a été surpris", a rappelé le bourgmestre.
Il vise directement l'intercommunale. Il a cité un courrier dans lequel elle explique devoir "répercuter l'ensemble des coûts aux communes". Selon lui, Ipalle subit elle-même la réforme des points APE décidée par le gouvernement wallon, qui réduit les subsides qu'elle reçoit. Mais au lieu de revoir son fonctionnement, elle fait glisser la charge vers les communes. Et les communes, tenues par le coût-vérité, n'ont pas le choix. "Vous ne pouvez pas gagner de l'argent, vous ne pouvez pas perdre de l'argent, donc on est obligé de le faire", a-t-il résumé.
Le bourgmestre admet que les coûts de traitement augmentent, notamment avec le prix des carburants. Ce qui le dérange, c'est le déséquilibre : "On demande à l'habitant de payer de plus en plus parce qu'il faut respecter ce coût-vérité et, en contrepartie, l'habitant reçoit de moins en moins en termes de facilités." Il cite les points de la carte recyparc, qui ont "fondu comme neige au soleil".
Fermer les recyparcs deux jours par semaine en hiver ?
Le bourgmestre demande donc à Ipalle de revoir son modèle. Il pointe le poids du traitement des déchets dans les dépenses et les recyparcs ouverts tous les jours. "Faut-il encore ouvrir sept jours sur sept ?", interroge-t-il. "À un certain moment, je crois qu'il faut faire des économies." Sa proposition : fermer un ou deux jours par semaine en hiver et garder une ouverture complète pendant les vacances, quand les habitants entretiennent leur jardin.
Il s'en prend aussi à la manière de facturer les dépôts au recyparc. Une remorque à un essieu coûte deux points sur la carte, une remorque à deux essieux en coûte trois, même si le volume de végétaux est identique. "C'est du vol", lâche-t-il, en plaidant pour que les déchets soient pesés.
Enfin, il regrette l'inaction d'Yves Coppieters, ministre wallon de l'Environnement sur ce dossier. "Ça fait des années qu'on en parle et ça fait des années qu'il n'y a rien qui arrive."
À Lessines aussi, Ipalle est dans le viseur
Le coût-vérité 2027 n'était pas à l'ordre du jour du conseil communal de Lessines mais il a déjà été abordé à travers une question posée par le conseiller communal socialiste Dave De Backer. L'élu d'opposition s'est inquiété d'une possible augmentation de la taxe. A ce stade, le bourgmestre de Lessines s'est voulu rassurant. "J'assume pleinement la décision prise pour 2026 de fixer le taux de couverture du coût-vérité à près de 102 %, décision à laquelle vous vous étiez opposé lors du vote. Oui, cette décision a entraîné une augmentation de la taxe déchets pour les ménages lessinois. Mais elle répondait à une obligation légale : le taux de couverture doit se situer entre 95 et 110 %. Elle répondait également à une volonté d'anticiper l'évolution des coûts de gestion des déchets, notamment ceux facturés par IPALLE. Nous pouvions supposer que les coûts répercutés aux communes continueraient à évoluer. IPALLE annonce aujourd'hui une nouvelle augmentation de ses cotisations pour 2027. Grâce au taux de couverture retenu pour 2026, nous disposons aujourd'hui d'une marge suffisante pour absorber cette hausse des coûts dans le calcul du coût-vérité 2027. La conséquence est très concrète : à ce stade, nous ne serions pas contraints d'augmenter la taxe déchets (contrairement aux autres communes) pour les ménages lessinois" a expliqué Antoine Motte (MR)
Cependant, les informations apportées par le bourgmestre ont été accompagnées de vives critiques, non pas l'encontre de l'opposition, mais de l'intercommunale de gestion des déchets. "Les cotisations des intercommunales ne cessent d'augmenter et ces hausses pèsent directement sur les finances communales, donc, à terme, sur les citoyens. Il serait souhaitable que les intercommunales puissent également rechercher davantage de marges d'efficacité et de maîtrise de leurs dépenses, plutôt que de faire reposer toujours davantage leurs besoins de financement sur les communes affiliées."
En guise de conclusion, le bourgmestre a invité Dave De Backer, qui siège au sein de l'assemblée générale de l'intercommunale, à relayer ces inquiétudes et appuyer le travail des représentants de la majorité.
Théo Defranne & Nicolas Jacquet