«On se retrouve à calculer ce qu'on mange» : les étudiants de l'Académie des Beaux-Arts de Tournai se mobilisent contre la hausse du minerval
Une trentaine d'étudiants de l'Académie des Beaux-Arts de Tournai ont lancé ce vendredi une action de blocage.
Ce vendredi matin, les étudiants de l'Académie des Beaux-Arts de Tournai ont décidé de rejoindre le mouvement de contestation qui touche plusieurs établissements de l'enseignement supérieur. Pour cette première journée de mobilisation, ils sont une trentaine à participer à l'action, accompagnés de quelques professeurs.
Au coeur de leurs revendications : la hausse des droits d'inscription à 1.200 euros par an.
"C'est quatre fois le montant actuel. C'est énorme pour nos étudiants. Nous en avons déjà qui, avec un minerval de 300 euros, ont du mal à se nourrir ou à acheter les fournitures nécessaires pour travailler correctement pendant l'année", dénonce Ludovique Tollitte, professeure d'illustration à l'Académie.
Des étudiants qui ne mangent pas à leur faim
Pour les étudiants mobilisés, cette augmentation risque de renforcer les inégalités d'accès aux études supérieures.
"On voit qu'il y a une manière de filtrer les élèves suivant leur milieu social. On se retrouve à s'endetter, à calculer ce qu'on mange. Il y a des étudiants qui ne mangent pas à leur faim et qui vivent dans des kots insalubres parce que c'est tout ce qu'ils peuvent se permettre", témoigne une élève de l'Académie.
La jeune femme estime également important de se mobiliser localement, alors qu'une manifestation nationale est organisée à Bruxelles ce vendredi.
"Il y a des gens qui n'ont pas forcément les moyens d'aller à Bruxelles, qui ont peur ou qui n'étaient pas au courant. C'est important d'en parler, même aux étudiants qui ne sont pas nécessairement renseignés. Tant qu'on peut faire du bruit, il faut en faire."
Des locaux délabrés également dénoncés
La hausse du minerval n'est pas la seule préoccupation des manifestants. Les conditions d'enseignement au sein de l'Académie sont également pointées du doigt.
"Même si la Ville fait quelques efforts actuellement, nous avons encore des locaux très délabrés. Certains étudiants ne peuvent même pas suivre leurs cours dans l'établissement. Des cours sont donnés à l'office du tourisme parce que nos locaux ne sont pas adaptés aux personnes à mobilité réduite", explique Ludovique Tollitte.
L'enseignante évoque aussi les changements qui touchent les statuts et les rémunérations des professeurs. Pour elle, ces différentes mesures fragilisent l'enseignement supérieur.
Un mouvement lancé par les étudiants
Contrairement à l'Institut Saint-Luc à Ramegnies-Chin, l'Académie des Beaux-Arts en est à sa première journée de blocage. L'initiative vient directement des étudiants et ceux qui souhaitent continuer à suivre leurs cours peuvent le faire.
"Je leur ai demandé de descendre s'ils voulaient manifester. Ils ont la possibilité de le faire et je ne les oblige pas à suivre l'atelier. Il faut qu'ils puissent faire valoir leurs droits", précise Ludovique Tollitte.
L'enseignante espère voir le mouvement prendre de l'ampleur dans les prochains jours. "C'est une première journée, ils n'ont pas encore toute l'école derrière eux. Mais je pense que l'école les soutient. Il faut aller chercher les autres étudiants et surtout ne pas lâcher."
Pour l'heure, aucune durée précise n'a été annoncée pour cette mobilisation à l'Académie des Beaux-Arts de Tournai.
J.C.