« Enghien, j’achète lokaal » : l’exclusion de certains commerçants fait débat

« Enghien, j’achète lokaal » : l’exclusion de certains commerçants fait débat

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« Enghien, j’achète lokaal » : l’exclusion de certains commerçants fait débat

L’opération « Enghien, j’achète lokaal » est lancée depuis le 1er septembre. Mais son règlement n’a été voté que jeudi dernier, et il exclut notamment les commerçants qui sont élus, conjoints d’élus ou membres de l’administration communale. Une décision que l’opposition juge trop prudente.

Depuis le 1er septembre, la Ville d'Enghien et l'ADL ont lancé cette opération pour soutenir les commerçants de la commune. Si, sur le principe, tout le monde salue l'initiative, le conseiller François Declercq (Ecolo) pointe cependant plusieurs problèmes.

Le premier concerne le calendrier. Le règlement n'a été présenté au conseil communal que 15 jours après le lancement de l'opération. " On doit se prononcer sur quelque chose qui est déjà d'actualité pour les citoyens. La communication sur l'opération est rendue publique depuis le 24 août. Et nous l'avons appris via Facebook. Cela pose un problème de statuer sur quelque chose qui est déjà en route, qui est déjà connu des citoyens. Ça ne me semble pas impossible à fixer au conseil communal précédent. C'est déjà la deuxième fois que nous sommes amenés à voter quelque chose qui est déjà en route. "

Ce problème de timing dérange d'autant plus le conseiller qu'il aurait également voulu pouvoir débattre de certains points de fond. François Declercq relève ainsi un deuxième problème, concernant un article bien précis du règlement. " L'article 2 dit que tous les commerçants enghiennois peuvent participer, sauf ceux liés d'une manière ou d'une autre à la politique ou à l'administration communale à Enghien. Je n'ai pas compris la logique de cet article. Et quand je lis la délibération, je me rends compte qu'il n'y a pas vraiment d'explication. Je suppose que c'est une question d'un potentiel conflit d'intérêts dans l'adoption du règlement. Mais alors, il faut empêcher les personnes concernées de participer à la décision et non pas de participer à l'opération. On ne parle pas d'un projet où tous les commerçants peuvent candidater et il n'y a qu'un seul gagnant. "

" Par principe de précaution "

Annelise Deville, échevine du Commerce (Génér'actions), s'est expliquée sur le timing. Si le règlement n'a pas été présenté plus tôt, c'est parce qu'il n'était pas prêt lors du dernier conseil, le 16 juillet. " Entre-temps, on a eu des absences, il y a eu des congés, nous avons fait avec les moyens du service. J'entends la remarque, on essaiera d'être plus vigilants. Mais on en avait déjà parlé à l'inauguration des rues d'Hoves et Montgomery. Il y a eu des réunions avec les commerçants. On en parle de manière tout à fait ouverte depuis plusieurs semaines. "

Quant à l'exclusion des élus et des membres de l'administration, le règlement a fait l'objet d'un avis du service juridique de la Ville et également de l'Union des villes et communes de Wallonie. La Ville s'appuie sur une disposition qui interdit aux membres du conseil et du collège de prendre part directement ou indirectement à certaines opérations communales. " Il est interdit aux membres du conseil et du collège de prendre part directement ou indirectement à une fourniture, un service ou une adjudication de la commune. "

Le service juridique précise que cette interdiction couvre la participation directe, lorsque le mandataire est l'exploitant, gérant, employé ou actionnaire du commerce, ou indirecte, lorsque le commerce est exploité par le conjoint ou le cohabitant légal du mandataire. " Par principe de précaution, nous avons donc préféré exclure les membres du collège et du conseil du règlement ", précise Annelise Deville.

Pour François Declercq, ces avis auraient dû être intégrés dans les documents reçus par les conseillers pour préparer le point. Mais il estime surtout que cet avis n'a rien à voir avec l'opération puisqu'il ne s'agit pas de marché de fournitures ni de marché public.

" Un mauvais message aux clients "

Marc Vanderstichelen rappelle que la Ville offre des bons d'achat aux citoyens à dépenser dans les commerces participants. " Il y a donc un avantage pour les commerçants en question. Il y a un risque, selon moi. "

Francis De Hertog (En Mouvement) embraye : " On peut difficilement reprocher au collège communal d'avoir été prudent, peut-être trop. Et on peut peut-être revoir ça l'an prochain. Imaginons qu'on ne l'ait pas fait, quelle aurait été la réaction ? "

Dans les rangs d'Ecolo, on estime qu'il y a une forme de discrimination. " Et c'est également un mauvais message qu'on donne aux chalands. Mon mari m'a dit que des clients étaient entrés et, lorsqu'ils ont vu qu'il ne participait pas à l'opération, ils sont ressortis ", raconte Nathalie Vast (Ecolo).

Plusieurs conseillers auraient aimé voir le règlement modifié. Quentin Merckx (En Mouvement) proposait par exemple que les commerçants concernés puissent fournir des cachets aux clients, mais qu'ils soient exclus des commerces où l'on peut dépenser le bon d'achat. Mais l'opération étant déjà en route, la majorité a tenu à garder le règlement en l'état. Ecolo a voté contre, le PS s'est abstenu, tout comme Yves Vande Gucht et Davy Jurca. Nathalie Vast, Françoise Vandonink et Valentine Pary n'ont pas participé au vote.


S.L.