« À cette adresse » : soldats, résistants, médecins, pionnière, quand des hommes et des femmes marquent l’histoire et donnent leur nom à une rue
Ne vous êtes-vous jamais demandé quelle histoire se cachait derrière le nom de la rue dans laquelle vous habitez ? Durant l’été, notélé vous propose une mini-série de reportages consacrés à la provenance du nom de certaines rues de Wallonie picarde.
Gabrielle Richet, l’infirmière devenue espionne
Direction tout d’abord Lessines et de sa Chaussée Gabrielle Richet, l’une des principales portées d’entrée de la Cité des Cayouteux et située non loin des carrières. Née en 1894 dans une famille modeste, cette Lessinoise devient infirmière avant de voir éclater la Premier Guerre mondiale. Elle cherche alors à se rendre utile et à rejoindre les rangs de l’armée belge. On l’a convainc alors qu’elle pourrait être plus utile si elle intégrait un service d’espionnage. Gabrielle Richet réalise des missions de surveillance des troupes et de munitions allemandes, des actes qui conduiront à son arrestation en octobre 1916. Après huit mois passés à la prison de Saint-Gilles, elle est ensuite jugée à Anvers et condamnée à dix ans de travaux forcés en Allemagne. De retour à Lessines vers la fin de la guerre, elle décède à l’âge de 29 ans probablement des suites d’une maladie contractée lors de sa détention.
Dudley Gorden, le lieutnant-colonel libérateur de Chièvres
La Ville de Chièvres aussi a été particulièrement marquée par le premier conflit mondial et a décidé de rendre hommage à l'un de se héros. Ancienne "rue du Grintier", l'artère qui mène vers le centre ville porte aujourd'hui le nom de Dudley Gorden, officier britannique qui a combattu en Europe. Né à Londres en 1883 dans une famille de la noblesse écossaise, Dudley Gordon entame sa carrière militaire en 1914 au sein du 8e régiment des Gordon Highlanders. Il gravit rapidement les échelons avant de devenir capitaine puis major et enfin lieutnant-colonel. En novembre 1918, alors que les Alliés lancent leur offensive finale, ses troupes progressent vers Chièvres. Le 10 novembre, les premiers éclaireurs sont aperçus dans les villages voisins avant que les soldats écossais n'entrent dans la ville par l'actuelle rue Dudley Gordon.Le lendemain, le 11 novembre 1918 à 11 heures, les soldats pénètrent sur la Grand-Place de Chièvres. C'est à ce moment précis qu'arrive l'annonce de la signature de l'armistice, mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale. Les Gordon Highlanders resteront encore plusieurs semaines dans la cité, tissant des liens forts avec les habitants. Le 17 novembre, lors d'une parade organisée dans les rues de Chièvres, Dudley Gordon remet le drapeau du régiment aux autorités communales.
En échange, la ville offre aux soldats écossais la clé symbolique de Chièvres. Conservée aujourd'hui au musée des Gordon Highlanders d'Aberdeen, elle témoigne encore de cette relation particulière entre la ville belge et l'Écosse. Aujourd'hui encore, la mémoire de Dudley Gordon perdure : son portrait est exposé dans l'administration communale et son nom continue de rappeler le rôle joué par ces soldats écossais dans la libération de la ville.
Charles Schepens, résistant et ophtalmologue de renommée mondiale
Originaire de Mouscron, Charles Schepens grandit dans une maison de la rue des Moulins, aujourd'hui démolie. Élève brillant, il étudie les mathématiques à l'Université de Namur avant de se tourner vers la médecine, qu'il étudie cette fois à l'Université de Gand. Incorporé dans le corps médical de l'armée belge en 1940, il est contraint de fuir en France où il permettra à plusieurs centaines de personnes de passer la frontière espagnole.
Après la guerre, il met au point l'ophtalmoscope indirect binoculaire, une invention qui révolutionne l'examen de la rétine. Installé aux États-Unis dès 1947, il travaille notamment pour l'Université de Harvard et contribue à former les jeunes générations d'ophtalmologues. Décédé en 2006 à l'âge de 94 ans, Charles Schepens est considéré comme le père de la chirurgie rétinienne moderne.
Camille Thys, le chef de gare décapité
Non loin du hall sportif de Silly, se situe un square baptisé en hommage à Camille Thys. Chef de gare à Bassilly, il s'est très tôt impliqué dans la Résistance lors de la Deuxième Guerre mondiale au sein du groupe du Docteur Dubois. Ce groupe était composé de cinq citoyens de l'entité qui ont malheureusement tous connu une fin funeste, dénoncés et trahis par une personne qu'ils avaient aidée. Arrêtés en janvier 1942, aucun d'entre eux n'est revenu vivant, Camille Thys ayant été décapité à Dortmund pendant que ses compagnons ont trouvé la mort dans les camps. La Ville a voulu rendre hommage à ses résistants car en plus du Square Camille Thys, on retrouve aussi la rue Gaston Roobaert, la rue Docteur Dubois, la ruelle Gérard Bastien ou encore la Place Curé Voordeckers. Le groupe du Docteur Dubois n'est donc pas oublié à Silly. Un espace leur est dédié au MaquiStory, lieu de mémoire qui retrace l'histoire du maquis lors de la Deuxième Guerre mondiale.
Gaston Biernaux et le Major Sabbe, deux héros pecquois
Pecq occupe depuis des siècles une position stratégique entre Tournai et Courtrai, sur un axe de passage majeur le long de l'Escaut. Une situation qui a profondément marqué son histoire militaire. Cette mémoire est encore bien présente aujourd'hui, jusque sur les plaques des rues. Gaston Biernaux est un ancien professeur né à Pecq en 1914. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, il a pris part à la campagne des 18 jours avant de poursuivre son combat au sein de la Résistance. Très vite recherché, la Gestapo arrête son épouse. Sous pression, il décide de se rendre. Arrêté à Anvers puis torturé, Gaston Biernaux est condamné à mort et fusillé à Schaerbeek. En septembre 1945, Pecq décide de lui rendre hommage en attribuant son nom à l'une des rues de l'entité.
Non loin de là se trouve la rue du Major Sabbe, en hommage à Jules Sabbe. Né en 1870, ce fils de parents horlogers s'engage dans l'armée vers ses 15-16 ans. Voulant y faire carrière, Jules Sabbe devient major en 1916 alors que la Première Guerre mondiale ravage l'Europe. Le Major Sabbe a dirigé le 1er régiment de Chasseurs à Pied. Il trouve la mort en 1918 à Landegem, en Flandre-Orientale, après avoir eu une conduite très honorable sur le champ de bataille.
Hélène Dutrieu, pionnière de l'aviation féminine
Située non loin de la Chaussée de Bruxelles, l'Avenue Hélène Dutrieu tire son nom d'une Tournaisienne née en 1877. Durant toute sa vie, elle aura emprunté des chemins qui étaient jusqu'alors réservés aux hommes. À l'âge de 18 ans, elle est la première femme à participer à des courses cyclistes, battant même le record de l'heure sur piste, ce qui lui vaudra le surnom de Flèche Humaine. Mais ses plus grands exploits, elle les réalise dans le domaine de l'aviation. En 1908, elle est repérée par l'avionneur Clément Bayard qui lui propose de devenir la première femme pilote de l'avion monoplace baptisé la Demoiselle. Hélène Dutrieu devient la deuxième femme au monde à décrocher son brevet de pilote. En 1911, elle bat le record du monde de vitesse en parcourant plus de 250 km en un peu moins de trois heures. Une prouesse qui lui vaudra la Légion d'honneur. Décédée en 1961 à l'âge de 83 ans, Hélène Dutrieu est l'une des pionnières du monde de l'aviation encore majoritairement masculin. À l'heure actuelle, seulement 3 % des pilotes professionnels sont des femmes.
Th. Dep