Investissements dans les voiries communales depuis 2020 : hausse de 64% à Mouscron, baisse de 85% à Tournai

Investissements dans les voiries communales depuis 2020 : hausse de 64% à Mouscron, baisse de 85% à Tournai

Investissements dans les voiries communales depuis 2020 : hausse de 64% à Mouscron, baisse de 85% à Tournai

Selon les chiffres analysés par Mobiwall, la Wallonie picarde résiste mieux que la Wallonie, mais avec de très fortes disparités

Ce jeudi, Belfius a présenté les chiffres commune par commune des investissements dans les voiries communales. Elles représentent 85% des voiries en Wallonie, le restant étant géré par la Sofico et la Région.

La fédération wallonne des entrepreneurs de travaux de voirie Mobiwall constate une baisse de 46% des investissements dans les voiries communales entre 2020 et 2026.

Dans notre région, les budgets initiaux consacrés aux investissements de voirie dans les 23 communes de Wallonie picarde passent de 44,6 millions d'euros en 2020 à 43,1 millions en 2026. À première vue, le recul paraît limité. Mais une fois corrigés de la hausse des coûts des chantiers estimée à 30 % par Mobiwall le volume réel de travaux réalisables tombe à 33,1 millions d'euros. Soit une baisse de 25,7 % par rapport à 2020.

Ce recul reste moins brutal que la tendance wallonne annoncée par mobiwall, qui évoque une baisse de 46,4 % du volume de travaux réalisables à l'échelle régionale. Il est aussi moins sévère que le résultat provincial du Hainaut, présenté comme le plus mauvais de Wallonie avec une diminution de 59 %. La Wallonie picarde fait donc mieux que la moyenne hennuyère, mais ce constat global masque des situations communales très contrastées.

D'un côté, plusieurs communes augmentent fortement leur effort d'investissement. Mouscron pèse très lourd dans le total régional : son budget passe de 8,78 à 18,74 millions d'euros, ce qui représente encore une hausse réelle de 64,1 %. Lessines affiche également une progression spectaculaire, de 1 à 4,97 millions d'euros, soit +282,3 % en volume. Estaimpuis, Rumes et Brugelette sont aussi dans le vert, tandis que Flobecq et Bernissart parviennent tout juste à préserver leur niveau réel de 2020.

À l'inverse, dix communes enregistrent une baisse supérieure à 50 % en volume. Les reculs les plus marqués concernent Brunehaut (-94,2 %), Chièvres (-90,6 %), Antoing (-90 %), Leuze-en-Hainaut (-88 %) et Tournai (-85 %). Dans le cas de Tournai, le décrochage est particulièrement significatif : la commune passe de 10,23 millions d'euros en 2020 à 1,99 million en 2026, soit seulement 1,53 million en valeur 2020.

Communes où le volume de travaux diminue :

  • Antoing : 1 330 000 € (2020) 170 000 € (2026) 130 769 € corrigés, soit -90,0 %.
  • Ath : 1 010 000 € 660 000 € 507 692 € corrigés, soit -49,3 %.
  • Beloeil : 1 200 000 € 350 000 € 269 231 € corrigés, soit -77,6 %.
  • Brunehaut : 2 000 000 € 150 000 € 115 385 € corrigés, soit -94,2 %.
  • Celles : 1 760 000 € 390 000 € 300 000 € corrigés, soit -82,9 %.
  • Chièvres : 820 000 € 100 000 € 76 923 € corrigés, soit -90,6 %.
  • Comines-Warneton : 1 950 000 € 1 270 000 € 976 923 € corrigés, soit -49,7 %.
  • Ellezelles : 570 000 € 360 000 € 276 923 € corrigés, soit -51,4 %.
  • Enghien : 1 410 000 € 820 000 € 630 769 € corrigés, soit -55,4 %.
  • Frasnes-lez-Anvaing : 2 330 000 € 2 740 000 € 2 107 692 € corrigés, soit -9,8 %.
  • Leuze-en-Hainaut : 2 730 000 € 420 000 € 323 077 € corrigés, soit -88,0 %.
  • Mont-de-l'Enclus : 1 440 000 € 810 000 € 623 077 € corrigés, soit -56,5 %.
  • Pecq : 1 740 000 € 2 030 000 € 1 561 538 € corrigés, soit -10,0 %.
  • éruwelz : 1 190 000 € 1 320 000 € 1 015 385 € corrigés, soit -15,2 %.
  • Silly : 1 060 000 € 1 120 000 € 861 538 € corrigés, soit -18,7 %.
  • Tournai : 10 226 938,77 € 1 993 500 € 1 533 461,54 € corrigés, soit -85,0 %.

Communes où le volume de travaux augmente :

  • Bernissart : 190 000 € (2020) 260 000 € (2026) 200 000 € corrigés, soit +1,1 %.
  • Brugelette : 330 000 € 630 000 € 484 615 € corrigés, soit +46,4 %.
  • Estaimpuis : 130 000 € 1 190 000 € 915 385 € corrigés, soit +589,5 %.
  • Flobecq : 910 000 € 1 200 000 € 923 077 € corrigés, soit +1,5 %.
  • Lessines : 1 000 000 € 4 970 000 € 3 823 077 € corrigés, soit +282,3 %.
  • Mouscron : 8 780 000 € 18 740 000 € 14 415 385 € corrigés, soit +64,1 %.
  • Rumes : 480 000 € 1 380 000 € 1 061 538 € corrigés, soit +122,9 %.

Le tableau confirme donc une Wallonie picarde à deux vitesses. Quelques gros budgets surtout Mouscron et Lessines compensent une chute parfois massive dans d'autres communes. Sans ces hausses, le bilan territorial serait nettement plus sombre. La question centrale n'est donc pas seulement celle du montant global, mais celle de la continuité de l'entretien du réseau communal. Or, comme le souligne mobiwall, une rupture dans le rythme des travaux peut reporter les coûts sur les années suivantes, avec des dégradations plus lourdes et plus coûteuses à traiter.

Pourquoi 2020 comme année de référence ?

Mobiwall a estimé que 2020 semblait la meilleure référence pour juger les montants inscrits dans les budgets communaux 2026. "En effet, les budgets 2020 ont été décidés avant la crise Covid, avant la guerre en Ukraine, etc. D'autre part, on sait que les investissements communaux suivent des cycles de 6 ans avec un creux post électoral et une remontée des investissements durant les années suivantes. 2020 correspond à l'année N+2 après les élections de 2018. Tout comme 2026 par rapport aux élections de 2024. Bien entendu, depuis 2020, de fortes augmentations de coûts ont été enregistrées, tant au niveau des salaires qu'au niveau des matériaux. Durant cette période les salaires ont été augmentés d'environ 25 % alors que les matériaux de construction ont augmenté de 35 %. Si un chantier coûtait 1 million€ en 2020, le même chantier couterait 1,3 million € en 2026", explique la fédération des entrepreneurs.

Nous n’osons plus investir. Cela devient extrêmement inquiétant.

Pour les entreprises de voirie, l'enjeu est aussi économique. Le communiqué de mobiwall relaie l'inquiétude du secteur face à la baisse des projets communaux et au risque de ralentissement durable. En Wallonie picarde, les chiffres ne racontent pas une crise uniforme, mais une recomposition brutale des priorités locales : certaines communes accélèrent, d'autres freinent très fortement. C'est cette instabilité qui pourrait peser sur la planification des chantiers, l'emploi local et l'état futur des voiries communales.

"Dans le Tournaisis, je crois que nous sommes en dessous des –45 %. Nous n’osons plus investir. Cela devient extrêmement inquiétant. Si cela continue, en 2027, on devra se séparer d’une partie de notre personnel », assure William Cleppe chez Herphelin, SAT et Pierre Petit à Pecq.


J.C.