Jori Dupont : « Je ne suis pas parti du PTB pour faire la guerre à la gauche»
Jori Dupont, député wallon indépendant (ex-PTB), était notre invité dans Politiquement (in)correct. Il est revenu pour nous sur les raisons de son départ et sur sa position en tant que député désormais indépendant.
Le fait de quitter le PTB a été une décision mûrement réfléchie, indique Jori Dupont, qui insiste également sur le fait qu'il n'est pas là pour attaquer le PTB et qu'il a énormément de respect pour ses anciens collègues de Tournai et de Wapi. "Ce n'est pas une décision qui se prend sur un coup de tête. Cela fait des semaines, des mois, que toute une série d'éléments m'ont amené à m'interroger sur la cohérence avec mes valeurs, mes combats et les votes qu'on fait".
Lundi 2 mars, Jori Dupont a annoncé son départ du PTB sur les réseaux sociaux en se comparant à un chien retirant sa laisse. "Un chien avec une laisse aurait fait aussi bien : c'est une phrase qu'on m'a lancée en interne alors que je tentais d'expliquer mon investissement sur le terrain", écrivait-il. Ces propos ont-ils déclenché son départ ? "Ce sont effectivement des choses qui m'ont été dites, et qui blessent, explique-t-il sur notre plateau. Mais ce n'est pas l'élément qui fait que je quitte le parti. C'est un élément accélérateur qui s'ajoute à un ensemble. Il y a des raisons politiques derrière".
Continuer avec le PTB était devenu trop lourd pour le député. "Tu peux décider de continuer jusqu'à la fin de ta législature, de rester dans ton petit coin ou de te lever, d'être cohérent avec tes valeurs et de prendre une décision difficile et radicale". Le contrat de mariage était-il devenu trop difficile à assumer, notamment en ce qui concerne la question des rétributions ? "Non c'est quelque chose que j'accepte, ça fait plus de 10 ans que je suis militant du PTB. Même avant d'être député j'acceptais ces règles financières et je les ai toujours respectées. Quand tu crois idéologiquement en ce que tu fais, c'est possible de sacrifier quatre soirs par semaine, ta vie de famille, ton argent. Mais à partir du moment où tu doutes ou que tu n'es plus en accord, à chaque fois que tu n'es pas chez toi et que tu ne vois pas tes enfants, ça devient une charge de plus en plus insurmontable".
"C'est un des exemples que vous évoquez : le PTB demande-t-il vraiment de laisser une partie de son héritage familial au parti ?", a ensuite interrogé notre journaliste politique Rémy Ravaux. "Je n'irai pas plus loin que ce que j'ai écrit dans ma tribune, répond Jori Dupont. Oui il y a des critères financiers et des règles très dures. J'ai toujours été en accord avec les critères de salaire. Mais de nouveaux critères se sont ajoutés, avec lesquels je suis en désaccord".
Siéger comme indépendant
Suite au départ de Jori Dupont, le PTB a demandé à ce que le Bernissartois rende son mandat à son désormais ex-parti. Ce qu'il ne fera pas. "J'ai été élu sur des combats, sur des raisons claires comme la lutte contre les PFAS, des combats que je continue de mener. En Belgique, on a comme soucis d'être dans un système de particratie très fort. C'est-à-dire que les partis ont tout le pouvoir, qu'ils décident de tout et choisissent les ministres. Je ne vais pas abandonner la lutte. Si je suis parti c'est pour retrouver de la cohérence dans mes valeurs".
Sur Facebook, Germain Mugemangango (chef de groupe PTB au Parlement wallon), avait commenté la situation comme tel : "Nous lui demandons de remettre son mandat au parti sous la bannière d'où il a été élu. Les électeurs et électrices ont voté avant tout pour le projet collectif du PTB, de ses milliers de membres et militants qui le portent au quotidien, et non pas pour un parcours individuel". Jori Dupont serait-il devenu député en 2019 sans le PTB ? Le principal intéressé ne compte pas refaire toute l'histoire. "Je n'en sais rien, dit-il. Evidemment je dois au travail du collectif et donc je remercie tous les gens qui m'ont soutenu. Mais je remercie aussi les électeurs".
Désormais donc, Jori Dupont va terminer la mandature comme député indépendant au Parlement wallon. "J'ai des valeurs, je sais pourquoi je me suis impliqué et pourquoi je fais du militantisme. Il y a des choses avec lesquelles j'étais bloqué. Je vais pouvoir retrouver ces valeurs-là et les défendre. Et pour le faire, j'ai besoin d'être indépendant. Maintenant la question du collectif existe. Est-ce que je vais en rejoindre un ? Quand je pars, je n'ai aucun accord avec aucun parti. Je suis parti d'abord parce que je n'en pouvais plus […] Être parti sans accord c'est un risque évidemment, car tu as beaucoup moins de chance de récupérer un siège aux prochaines élections quand tu es indépendant. Mais mes valeurs sont de gauche. Elles seront avec le PS, Ecolo et avec le PTB. Je ne suis pas parti pour faire la guerre à la gauche mais parce que pour lutter contre les gouvernements de droite, je pense qu'il faut prendre des fonctions, se battre, se mouiller et avoir des acquis sociaux".
Quid du salaire de député
Concernant son salaire de député, quelle décision Jori Dupont va-t-il prendre ? En toucher la totalité, faire des dons à des associations ? "Je ne connais même pas le salaire d'un député car je ne l'ai jamais eu, dit-il. C'est la règle dans le parti et je n'ai aucun problème avec ça, je n'ai pas besoin de vivre avec plus. Je pars parce que je veux être cohérent dans mes combats et que je crois qu'on doit se mouiller pour pouvoir lutter contre le gouvernement des droites, qui décortiquent et détruisent tout. Et donc évidemment, je compte bien donner une partie de cet argent à des structures d'accueil, pour des gens qui résistent à ce que fait réellement la droite. Il y a eu une réforme du chômage qui va créer une explosion de la précarité. A Tournai il y a par exemple des accueils de jour, des gens qui accueillent les plus précaires. Je pense que c'est dans ce genre de choses que j'ai envie de mettre mon argent".
L.C.