Boucle du Hainaut : la CCATM et la Ville d’Ath disent, à nouveau, non au projet sous sa forme aérienne

Boucle du Hainaut : la CCATM et la Ville d’Ath disent, à nouveau, non au projet sous sa forme aérienne

La Ville d’Ath suit l’avis remis par la CCATM concernant le RIE (rapport sur les incidences environnementales) et la demande de révision du plan de secteur.

Dès l'annonce du projet de "Boucle du Hainaut", cette liaison électrique à très haute tension reliant Courcelles à Avelgem, la Ville d'Ath s'est positionnée à plusieurs reprises contre le projet, que ce soit via des motions ou à travers des demandes d'avis sollicitées. Lors du dernier conseil communal, la ville a réaffirmé sa position à la suite de l'avis rendu par la CCATM (Commission consultative d'aménagement du territoire et de la mobilité).

Les CCATM des communes concernées ont, en effet, été invitées à se positionner sur le rapport concernant les incidences environnementales (RIE phase 2) ainsi que sur le dossier de révision du plan de secteur. La CCATM d'Ath s'est réunie le 11 janvier dernier.

La CCATM prône l'enfouissement de la ligne

L'avis de la CCATM d'Ath est clair : elle prône un enfouissement complet de la ligne en courant continu. Elle précise que "les techniques de courant continu enfoui offrent désormais une alternative crédible aux lignes aériennes et que le choix de cette alternative serait en cohérence avec les objectifs de protection de la population".

"La Ville se base aussi sur cet enfouissement parce que c'est une technologie qui a été approuvée", précise Ludivine Gautier, évoquant le projet Allegro en Allemagne, où l'enfouissement en courant continu fonctionne. "On souhaite pouvoir dupliquer ce type de technologie au sein de la Boucle du Hainaut", a-t-elle annoncé. Pour l'échevine, cette alternative permettrait de préserver la santé des citoyens ainsi que le patrimoine privé et paysager.

La CCATM aborde également la question des différents itinéraires et tracés alternatifs évalués dans le RIE. "La CCATM recommande par exemple de veiller à éviter les zones à forte concentration d'habitations et à contourner autant que possible les villages et lieux-dits sensibles. Elle rejoint aussi la préoccupation de ne pas infliger de charge cumulative à certains hameaux".

L'échevine évoque également des manquements dans le dossier, notamment certaines parties jugées insuffisamment accessibles. "Il n'y a pas la possibilité d'analyser et de comparer concrètement l'ensemble des éléments. Sur cette base, le dossier devrait a priori être considéré comme incomplet". Par ailleurs, la CCATM remettra un avis sur les propositions alternatives concernant les trois communes impactées de l'entité afin d'éviter une multiplication des impacts.

Une proposition d'avis propre au conseil, basée sur quatre volets

À côté de l'avis de la CCATM, une proposition d'avis du conseil communal a également été sollicitée afin "d'avoir plus de poids". Celle-ci se base sur quatre volets : la santé et le cadre de vie, la technologie, la protection des intérêts des riverains et propriétaires fonciers, et la consultation.

Dans le volet santé, l'avis précise que "la santé et le bien-être des Athois n'ont pas de prix et sont non négociables". La ville insiste sur "l'importance d'appliquer des normes strictes d'exposition et de retenir des solutions techniques plus sûres afin d'éliminer tout risque pour la population, notamment les enfants".

Concernant la technologie, la ville souligne que l'enfouissement en courant continu "peut être mis en oeuvre et doit évoluer". L'échevine précise d'ailleurs qu'une étude réalisée par l'UMONS a démontré que cette alternative est faisable.

La ville entend également protéger les intérêts des riverains et des propriétaires fonciers à travers un troisième volet. L'avis précise qu'il faut "prendre en compte les impacts socio-économiques du projet pour les habitants". Une insécurité est perçue chez certains habitants concernant "la plus-value ou la moins-value de leur habitation". À ce stade, aucune compensation n'est envisagée pour les pertes de valeur subies par les propriétaires et les agriculteurs concernés, ni même dans le cadre d'éventuelles expropriations.

Enfin, la ville insiste sur l'importance de tenir compte des organes consultatifs et des autres instances. "Nos avis doivent être pris en compte, tout comme le principe de précaution et de concertation, afin de respecter la vie de notre territoire et l'avis de nos experts locaux. Cela nécessite d'améliorer et de réorienter substantiellement le projet par rapport à celui qui nous est présenté aujourd'hui".

Serge Dumont (MR) : "Quand on dit non, c'est non"

Par la voix de Serge Dumont, le MR a réaffirmé sa position. "Durant l'ancienne mandature, malgré la position de notre intercommunale de développement économique et de la Conférence des bourgmestres, nous avions déclaré que la ligne complètement aérienne, pour nous, c'était non. Et quand on dit non, c'est non".

Le conseiller rappelle être d'accord sur l'utilité de cette boucle, mais estime que seule l'alternative de l'enfouissement est acceptable.

Il s'interroge également : "Quand le tracé définitif sera-t-il connu ?" Serge Dumont préconise par ailleurs que l'avis de REVOLTH soit intégré à la réflexion.

Il le reconnaît : le dossier est loin d'être simple. "Il va falloir jongler entre les besoins, la volonté des communes, la vision et l'avis du gouvernement wallon. Un dossier complexe, me semble-t-il, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et qui a le don d'énerver de nombreux citoyens craignant pour l'environnement, pour leur santé et pour la biodiversité. Soyons attentifs et vigilants".

Cécile Dascotte (PS) : " L'enfouissement est une technologie d'avenir "

La conseillère PS Cécile Dascotte ne comprend pas que la technologie enfouie ne soit pas davantage prise en considération. "Elia campe sur ses positions", déplore-t-elle.

"Cette position est d'autant plus incompréhensible qu'en Allemagne, seul le souterrain est à présent autorisé et qu'il s'agit d'une technologie d'avenir qui, contrairement à ce que dit Elia, a fait ses preuves et ne pose plus de problèmes majeurs".

Membre de la CCATM, elle regrette qu'Elia et Stratec manquent de transparence sur les évaluations technico-économiques de l'enfouissement en courant continu. "Le choix entre ces deux options doit se faire de manière objective et sur la base de critères clairs, complets et non biaisés. Sans ces informations, les CCATM sont dans l'impossibilité d'émettre un avis éclairé tel que demandé dans la procédure".

Elle ajoute : "Pour ce motif, le ministre en charge du dossier doit le déclarer incomplet et demander que l'étude soit réalisée de manière complète".

La conseillère socialiste pointe également l'absence d'études fiables sur la santé.

Esther Ingabire (Ecolo) : "Préserver de l'environnement et de la santé"

De son côté, Ecolo reste sur sa ligne de conduite : "Notre préoccupation reste et restera la préservation de l'environnement, de la faune et de la flore, mais surtout la santé des riverains", a précisé Esther Ingabire.

La conseillère d'opposition s'interroge aussi sur cette ligne. "Alors que le projet était initialement présenté comme une infrastructure de transition énergétique, il est désormais décrit par de nombreux acteurs institutionnels et économiques comme une condition structurelle du maintien et du développement de l'activité industrielle en Wallonie, et plus particulièrement dans le Hainaut".

Elle estime que "les risques d'incidences environnementales sont incomplets et ne permettent pas de prendre une décision réfléchie, du moins du côté du gouvernement wallon".

"On veut nous faire croire qu'il y a une urgence industrielle et énergétique, mais un débat démocratique est également nécessaire pour préserver le bien-être des personnes concernées", a-t-elle conclu.

Fernand Quintin (Les Engagés) : "Adopter une position commune"

Fernand Quintin, conseiller Les Engagés, s'interroge sur le manque de clarté concernant le tracé. "Nous n'avons pas eu la vision du ou des tracés possibles. Je me demande comment on peut procéder à la révision d'un plan de secteur si l'on ne sait même pas où le tracé passera".

Il insiste également sur l'importance d'adopter une position commune entre les différentes communes. "À partir du moment où tous les bourgmestres étaient d'accord pour un enfouissement de la ligne, il faudrait garder cette unité. Si chacun commence à aller dans son sens, on risque de ne pas obtenir ce que l'on souhaite".

Stéphane Delfosse (La Liste Athoise) : "Il faut un discours clair et ne pas faire croire aux opposants que cette ligne ne se fera pas"

Stéphane Delfosse a, quant à lui, interpellé Bruno Lefèbvre, député wallon, concernant une récente interpellation du ministre François Desquesnes à ce sujet. "Avez-vous des informations complémentaires sur le suivi du dossier ?", a-t-il demandé.

En réponse, Bruno Lefèbvre a précisé qu'à ce stade, le ministre ne souhaitait pas se positionner. "Le ministre a déclaré le RIE incomplet il y a quelques semaines et nous sommes dans la phase de consultation des CCATM. L'ensemble de la procédure est déterminé par décret, il évite donc de se positionner".

Il rappelle toutefois que le ministre souligne l'importance de cette ligne pour le développement économique.

"Quand vous parlez de nécessité économique, partagez-vous cet avis ?", a répliqué Stéphane Delfosse. "Il ne faudrait pas faire croire, de manière un peu sournoise, aux opposants du projet que cette Boucle du Hainaut ne se fera pas".

Le conseiller insiste sur l'importance d'un discours clair. "Je pense qu'il serait de bon ton de dire franchement aux gens qu'elle devra se faire à un moment donné. Parce qu'au risque d'être caricatural, je ne voudrais pas voir la Flandre rouler en véhicule électrique pendant que la Wallonie pédale dans la cave pour allumer l'ampoule".

Stéphane Delfosse pointe également les changements de discours selon que l'on se trouve dans la majorité ou dans l'opposition, au niveau communal ou régional.

Bruno Lefèbvre conclut : "Au-delà des divergences de position, ce qu'il faut se dire, c'est que si une solution enfouie est possible et ne pose aucun souci pour l'environnement et la santé, c'est dans cette direction qu'il faut aller".


A.D.