«Un tempérament volcanique nourri par la tolérance» : Rudy Demotte rend hommage à l'ancien ministre Hervé Hasquin
Rudy Demotte fut successivement l’étudiant, le ministre puis le partenaire politique en Wallonie picarde d'Hervé Hasquin, disparu ce lundi à l'âge de 83 ans.
Rudy Demotte et Hervé Hasquin ont partagé plusieurs vies. Celle de l'université, d'abord, lorsque le premier suivait les cours du second. Celle des responsabilités ministérielles, ensuite, au sein du gouvernement de la Communauté française. Celle du développement de la Wallonie picarde, enfin, où les deux hommes ont travaillé côte à côte.
Au moment d'évoquer la mémoire de l'ancien ministre, Rudy Demotte insiste d'abord sur leurs différences de tempérament. "Lui était éruptif, volcanique. Moi, j'étais plutôt quelqu'un de calme", se souvient-il. Une opposition qui, selon lui, n'empêchait pas une véritable complémentarité. Hervé Hasquin possédait "une capacité de mise en scène", mais celle-ci reposait, souligne-t-il, sur de solides convictions.
"Là où il était parfois dans la démonstration forte, j'étais dans la raison et la retenue", poursuit Rudy Demotte. À l'époque, le socialiste était vice-président du gouvernement de la Communauté française présidé par Hervé Hasquin. Malgré leurs sensibilités politiques distinctes, les deux responsables avaient trouvé des points de convergence.
Un "enseignant de la tolérance"
Pour Rudy Demotte, Hervé Hasquin restera notamment un héritier du siècle des Lumières, période dont il était un spécialiste reconnu. "C'était un enseignant de la tolérance", résume-t-il.
L'ancien ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles voit dans cette pensée une source d'inspiration qui dépasse les appartenances partisanes. Homme de gauche, Rudy Demotte dit se reconnaître dans le libéralisme politique et progressiste qu'incarnait Hervé Hasquin : une pensée fondée sur la tolérance, l'acceptation de la différence et la confrontation argumentée des idées.
"On peut être à la fois volcanique de tempérament et très tolérant", estime-t-il. Une personnalité exubérante n'est pas nécessairement incompatible avec l'humanisme et l'ouverture aux autres. Des valeurs que Rudy Demotte juge aujourd'hui fragilisées par la brutalité croissante du débat public.
Une vision commune pour la Wallonie picarde
Les deux hommes ont également collaboré étroitement au développement économique de la Wallonie picarde. Après avoir été le vice-président d'Hervé Hasquin au gouvernement, Rudy Demotte est devenu président de l'intercommunale de développement économique IDETA, tandis qu'Hervé Hasquin en occupait la vice-présidence.
Ensemble, ils ont défendu une stratégie visant à répartir l'activité économique sur l'ensemble du territoire. Leur volonté était d'éviter que le développement ne se concentre autour d'un seul pôle urbain. Ils souhaitaient au contraire soutenir une ligne continue d'activités, de la frontière française jusqu'aux portes de Bruxelles, en passant notamment par Enghien.
"Nous avions des visions très communes sur le développement économique, à la fois sur la promotion de l'entrepreneuriat et sur la dissémination du développement", explique Rudy Demotte.
Même s'il connaissait particulièrement bien Bruxelles et qu'il était originaire de Charleroi, Hervé Hasquin avait, selon lui, pleinement adopté sa région d'installation. "Il a été pleinement le défenseur de cette région", affirme Rudy Demotte. Il évoque chez son ancien partenaire politique une sensibilité wallonne, une connaissance du bassin bruxellois, mais aussi "une conviction wallonne picarde" qu'il juge profondément sincère.
B.D. & C.D.V.