Tournai : un protocole pour éviter les démantèlements de camps de migrants sans solution

Tournai : un protocole pour éviter les démantèlements de camps de migrants sans solution

Tournai
Tournai : un protocole pour éviter les démantèlements de camps de migrants sans solution

Né après un démantèlement très critiqué en hiver 2023, le protocole a été adopté à l’unanimité par le conseil communal de Tournai. Il prévoit une prise en charge d’urgence de 48 heures et une meilleure coordination entre la Ville, le CPAS, la police et les associations.

Le conseil communal de Tournai a approuvé à l'unanimité une convention de collaboration destinée à encadrer les démantèlements de camps de migrants sur le territoire communal. Ce protocole réunit plusieurs acteurs : la Ville, le CPAS, la zone de police et le Relais social urbain.

Concrètement, la Ville s'engage à mettre à disposition un local pour accueillir les migrants qui le souhaitent pendant un maximum de 48 heures après un démantèlement. L'objectif est de leur fournir une aide humanitaire, des repas, un abri temporaire, mais aussi des conseils et des informations sur leurs droits.

Un protocole né après le démantèlement de l'hiver 2023

Ce dispositif trouve son origine dans un épisode qui avait suscité de vives réactions en décembre 2023. Un campement de migrants avait alors été démantelé en pleine période de froid. Des personnes s'étaient retrouvées sans logement, sans couverture et sans repères, une situation dénoncée à l'époque par plusieurs associations.

"Ce protocole est une avancée", a souligné Eléonore Van den Bogaert, conseillère communale PTB. "Il permet d'éviter que des personnes se retrouvent littéralement à la rue du jour au lendemain."

L'échevine Écolo Coralie Ladavid, qui pilotait alors le groupe Commune hospitalière, a rappelé que la démarche était née de ce précédent démantèlement. "Aujourd'hui, on a la démonstration que quand on est dans une logique de dialogue et de volonté de droit humanitaire pour tous les êtres humains, on trouve des solutions", a-t-elle indiqué.

Huit personnes prises en charge lors d'un récent démantèlement

Même s'il n'avait pas encore été officiellement adopté par le conseil communal, le protocole a déjà été appliqué récemment lors du démantèlement d'un campement concernant huit personnes.

L'échevine Delphine Delaunois a détaillé le déroulement de cette intervention. Les personnes concernées ont pu récupérer leurs effets personnels. Le CPAS est intervenu avec des kits alimentaires. Les bains-douches et le centre Bozière ont été ouverts par les services de la Ville afin d'assurer un accueil plus digne. La Croix-Rouge a fourni des matelas et la Plateforme pour l'interculturalité a accompagné les personnes qui le souhaitaient dans leurs démarches administratives.

" Chacun connaissait son rôle, chacun a agi avec professionnalisme, efficacité et humanité ", a salué Delphine Delaunois. Pour l'échevine, cette première application montre que le protocole permet de mieux encadrer ces situations sensibles. "Un démantèlement n'est jamais un moment facile, un moment heureux pour personne. Mais lorsqu'il est nécessaire, nous avons le devoir de le mener avec respect, coordination et humanité."

Un soutien unanime mais des limites pointées

Dans l'opposition, le conseiller PS Amine Mellouk a salué un dispositif qui apporte davantage de cadre et d'humanité. "Derrière chaque camp, il y a des femmes, des hommes et parfois des enfants avec des parcours de vie souvent marqués par la souffrance, l'exil et l'incertitude", a-t-il rappelé.

Il a toutefois appelé à ne pas s'arrêter là. Selon lui, l'accueil de 48 heures répond à l'urgence, mais ne règle pas la question de l'après. "Cette convention est utile, elle apporte du cadre, de la cohérence et une réponse plus digne. Mais elle n'est qu'une étape, une réponse partielle à une réalité complexe", a-t-il ajouté.

Le PTB a également soutenu la convention. Eléonore Van den Bogaert a toutefois élargi le débat aux politiques migratoires menées aux niveaux fédéral et européen, plaidant pour davantage de places d'accueil dignes.

La convention a finalement été adoptée à l'unanimité. Le groupe Commune hospitalière poursuivra son travail afin d'évaluer le dispositif et, si nécessaire, de l'améliorer lors de futures interventions.


R.R.