Caroline Mitri : «Au sein du collège on peut se dire les choses. Ce qui ne veut pas dire qu'on est toujours d'accord»
Caroline Mitri, échevine de la Stratégie immobilière à Tournai (Ecolo) était notre invitée dans Politiquement (in)correct. Elle est revenue pour nous sur la fausse demande d'aide sociale et sur les relations d'Ecolo avec ses partenaires de majorité.
C'est un épisode qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers temps : il y a une semaine, on apprenait qu'un conseiller MR de l'action sociale avait introduit délibérément une fausse demande d'aide sociale. Caroline Mitri, échevine Ecolo de la Stratégie immobilière à Tournai, a rappelé sa position sur ce sujet. "Quand on est mandataire politique, on a un devoir d'exemplarité et de respect vis-à-vis des agents et des bénéficiaires du CPAS. C'est une démarche qui n'aurait jamais dû avoir lieu. C'est le message qui a été transmis dans la communication de Laurent Agache (ndlr : conseiller communal Ecolo). Et il y a une question parlementaire qui a été posée pour que le ministre se prononce et nous dise si oui ou non la personne doit faire un pas de côté [ ... ] Je pense que le collège a aussi exprimé son mécontentement. Il faut savoir qu'il y a eu une rencontre avec l'ensemble des partenaires de majorité et le mandataire concerné, qui a été fermement recadré par rapport à ce comportement".
L'échevine ajoute qu'elle souhaitait également que le ministre François Desquesnes s'exprime : "Il y a des instances en démocratie qui doivent se positionner. Notre but n'est pas de nous faire justice tous seuls. Et on veut vraiment que le ministre s'exprime sur le sujet. Il a répondu mardi et il a précisé, on le sait, qu'une instruction est en cours". Une instruction qui peut potentiellement mener à une révocation ou suspension par le gouvernement. Ce qui serait un aveu de l'échec de la majorité tournaisienne ? "Je ne pense pas, répond Caroline Mitri. Si on en arrive là, c'est à cause de la personne et de l'erreur qu'il a commise. Quand on commet une erreur, il faut en tirer les conséquences. Au niveau de la majorité, on a quand même tout un tas de projets qui se poursuivent. On a une collaboration assez constructive. Et donc je crois qu'il ne faut pas isoler un élément et un mandataire par rapport à toutes les personnes qui s'investissent".
A la question de savoir si le CPAS est le caillou dans la chaussure d'Ecolo par rapport à la position du MR, l'échevine Ecolo réplique que le CPAS est une institution compliquée. "Parce que c'est une institution qui a beaucoup souffert ces dernières années. Il y a eu de nombreux problèmes. C'est une institution qui intrinsèquement a eu des difficultés et qui en plus est mise à mal notamment par les mesures de l'Arizona. Donc c'est sûr que c'est une institution qui doit faire face à tout un tas de situations, et de manière impérative car c'est le dernier filet de sécurité sociale chez nous. Et c'est vrai qu'il faut prendre ses marques. Je pense qu'Héloïse Renard a peut-être pris un peu de temps au début pour le faire en tant que présidente. Maintenant, il y a une volonté vraiment de faire évoluer les choses".
Dialogues entre partenaires de majorité
Depuis le départ de Stéphanie Pommier, Ecolo n'est plus au conseil de l'action sociale. Le parti est-il donc toujours sur la même longueur d'ondes ? "Je participe aux réunions de négociation syndicale. Et donc il y a tout un tas de choses qui ont été mises en place dans une volonté d'accompagner les agents notamment du service social. Il y a un dialogue qui a été mis en place et un aménagement des locaux. Il y a l'aide alimentaire qui a déménagé. En tout cas cette volonté de faire avancer les choses est reconnue par les syndicats. On voit qu'on veut que ça évolue".
Y a-t-il un mauvais procès contre Héloïse Renard et plus globalement sur le collège communal ? "Je crois qu'elle a été jugée directement par rapport à son âge. C'est vrai qu'elle est jeune et qu'elle manquait d'expérience mais d'entrée de jeu on ne lui a pas laissé sa chance. Après il faut le temps de prendre ses marques [... ] C'est sûr qu'on n'a pas toujours la même vision des choses. Nous on n'est pas spécialement convaincus par la méritocratie et le fait que tout le monde peut trouver du travail sans accompagnement".
Caroline Mitri ajoute que ce qui est important au sein du collège, c'est qu'il y a beaucoup de dialogue : "On peut se dire les choses. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne se fâche jamais ou qu'on est toujours d'accord. Mais en tout cas on peut discuter et réfléchir à ce qui peut être mis en place. C'est un dialogue qui existe, que ce soit avec Heloïse ou les autres membres du collège".
Le collège tournaisien a quand même connu des épisodes plus houleux, comme celui de l'ambassadrice d'Israël et du député RN présent au Te Deum. "Il y a des moments où on a dit : ça, ça ne peut plus arriver. Pour reprendre ces deux exemples, on a dit que ce sont des choses avec lesquelles on n'est absolument pas d'accord. Et on s'est mis d'accord sur une ligne rouge entre nous sur des actions qui ne pouvaient plus arriver. C'est malheureux qu'on ait besoin de ces actions-là pour avoir cet accord. Je pense qu'il faut parfois avoir le temps de s'appréhender et comprendre où sont les limites de l'autre. Certainement que les partenaires ont eu aussi des frustrations avec nous et parfois nos militants".
Caroline Mitri conclut en donnant une note de 7,5/10 sur ce bilan d'un an et demi pour la majorité MR/ Engagés/Ecolo à Tournai. "Ce qui n'est pas évident, c'est qu'il faut le temps que les choses se mettent en place. Mais surtout on est dans une situation financière qui est très complexe et donc ça nous bloque quand même sur beaucoup de choses".
L.C.