« On ne fait pas assez » : que faire pour régler le problème des bâtiments inoccupés ?
En Wallonie picarde, certaines communes comptent de nombreux immeubles inoccupés. Mais que font et que peuvent faire les communes pour lutter contre ce phénomène ?
Le nombre de logements ou de bâtiments inoccupés peut parfois atteindre des dizaines, voire des centaines dans certaines communes. Fin mars, une « marche du vide », mettait en évidence les différents espaces inoccupés au sein du centre ville de Tournai. Une situation qui donne parfois un sentiment d’abandon de certains centre-villes. D’autant que la demande en logements reste importante actuellement. Un triste constat contre lequel les communes essaient de trouver des solutions. Ce samedi, les échevins du logement de Tournai et de Brunehaut étaient les invités de notre plateau pour parler ce cette problématique.
Trop de bâtiments inoccupés à Tournai ?
À Tournai, il suffit de se balader au centre-ville pour voir de nombreux bâtiments abandonnés. Le Collectif Droit au Logement de Tournai (DAL) signale régulièrement aux autorités la situation en donnant les possibilités d'action. Interrogée sur notre plateau, Caroline Mitri, l'échevine du logement assume : "On ne fait pas assez, il y a encore beaucoup de bâtiments qui sont inoccupés". L'échevine explique cette lenteur par la complexité des démarches administratives.
"Ce sont des démarches qui sont très longues et administrativement assez rigoureuses pour qu'on puisse aller plus vite et en faire plus."
Le constat aussi en milieu rural
Si en ville, les bâtiments vides se font rapidement remarquer, la situation est-elle la même dans les communes plus rurales ? L'échevin du logement de Brunehaut, Charles Déséveaux, l'affirme, c'est bien le cas : "On a plus ou moins la même problématique. La crise du logement, elle est pour tous. Sur l'année 2025, on a taxé une vingtaine de logements inoccupés". Mais ces chiffres sous-estiment la réalité. Car dans les faits, il est compliqué d'avoir un recensement exact : "On peut estimer sur base de la consommation d'eau ou d'électricité, mais nous n'avons pas de recensement en tant que tel. Et ce doit être une priorité pour les communes"
Taxer les immeubles inoccupés
Parmi les solutions possibles, une revient régulièrement sur la table : celle de taxer les propriétaires de bâtiments inoccupés. Dans de nombreuses communes, cette taxe est déjà en application, et parfois lourdement. Dans la commune d'Ath, où plus de 300 logements sont inoccupés, cette mesure est déjà d'application. Pour exemple, un propriétaire d'un imposant immeuble à l'abandon depuis 10 ans s'est vu imposé d'une taxe s'élevant à plus de 12 000 €. Elle est calculée sur la base de 300 € par mètre courant, multiplié par le nombre d'étages, à payer annuellement. La majorité a justifié cette taxe en disant vouloir palier au manque de logement, dans un contexte de forte demande.
À Brunehaut, cette taxe existe déjà également, mais les ordres de grandeur sont nettement inférieurs. "On taxe au mètre courant mais de manière progressive. "C'est 25 € au mètre courant pour la première année, 50 € pour la deuxième année et 270 € à partir de la troisième année ".
Du côté de Tournai, l'échevine rappelle qu'au-delà du montant demandé, c'est la démarche qui est importante. "Lorsqu'on envoie un premier constat d'inoccupation, on constate que les gens réagissent rapidement. Le fait de donner une première impulsion donne un premier impact". Et pour ceux qui utilisaient l'excuse de longs travaux pour contourner cette taxe, à Tournai, le règlement a été modifié récemment. Une limite de temps de deux ans maximum est maintenant en application.
Dans des cas extrêmes, la commune peut décider d'imposer une action en cessation (obligation de vendre), ou de réquisitionner l'immeuble abandonné depuis de longues années.
Confier la gestion du bien
Une autre solution, plébiscitée par des défenseurs du droit au logement, est celle de confier le bien à une AIS, une agence immobilière sociale. Concrètement, le propriétaire qui le souhaite confie la gestion de son bien contre une location à des bénéficiaires dans le besoin.
À Brunehaut, seul une dizaine de logements sont confiés à l'AIS et l'échevin souhaite renforcer le chiffre : "On doit travailler pour promouvoir et inciter les propriétaires à passer par une AIS". À Tournai, "Lorsque les propriétaires reçoivent un constat d'inoccupation, c'est une piste qu'on leur propose". D'autant qu'il est possible pour les propriétaires qui passent par une AIS d'obtenir des aides (prêts à taux préférentiel ou subventions) pour réaliser des travaux.
En pleine crise du logement, ces pistes sont peut-être une solution pour lutter contre les bâtiments inoccupés. Vous pouvez retrouver notre émission complète ci-dessous.
L. Lacquemant