L'édito de la rédaction : Pinocchio privé de cathédrale
Le spectacle des Nocturnales n'aura pas lieu cette année à Tournai. En cause, le refus de l'évêque d'accueillir le spectacle de Luc Petit à l'église Saint-Jacques ou Saint-Quentin : c'est l'objet de l'édito de la semaine.
Depuis quelques années maintenant, à Tournai, fêtes de fin d’année riment avec Noël des cathédrales. Luc Petit, créateur de spectacles, investit la cathédrale de Tournai – et d’autres édifices religieux en d’autres endroits – pour y proposer un spectacle son et lumière itinérant, féérique, qui installe la magie des fêtes au cœur du patrimoine architectural sacré. Il s’agit d’un spectacle original, articulé autour d’un récit qui réinvente des histoires de Noël ou des contes traditionnels, Pinocchio en l’occurrence cette fois.
Mais voilà, cette année, pas de spectacle. La cathédrale, on le sait, est en travaux. Comme l’an dernier, il aurait pu se tenir en l’église Saint-Quentin, mais l’évêque a refusé, tout comme il a refusé l’église Saint-Jacques, qui aurait pu convenir.
Dans une communication parfois un peu confuse, Monseigneur Rossignol a fait savoir que les églises ne doivent pas être considérées comme de simples salles de spectacle. Elles restent avant tout des lieux de spiritualité et de recueillement. La porte n’est pas fermée aux manifestations culturelles – concerts, conférences, débats ou spectacles –, à condition de respecter la vocation religieuse du bâtiment. Mgr Rossignol souhaite éviter toute confusion entre le message de l’Évangile et d’autres influences culturelles ou spirituelles. Chacun jugera de la pertinence des arguments qui, pour certains, restent assez obscurs, surtout quand on sait que le spectacle sera accueilli en la collégiale Sainte-Waudru à Mons, qui fait partie du diocèse de Tournai.
À noter, enfin, que le refus d’accueillir le spectacle à Saint-Quentin ou Saint-Jacques a également été justifié par le fait que ces édifices doivent accueillir, en cette période de Noël, différents offices religieux. L’évêché avait d’ailleurs proposé à Luc Petit de se tourner vers la fabrique de l’église Saint-Nicolas, mais, visiblement, l’édifice ne répondait pas aux exigences du spectacle.
Chacun se fera évidemment son opinion sur cette polémique, partageant, en fonction de sa sensibilité, la prise de position de l’évêque ou la déception et l’incompréhension de Luc Petit.
Elle aura en tout cas mis sur le devant de la scène un débat encore trop souvent occulté : l’utilisation, à d’autres fins que celles du culte, de bâtiments religieux, certes, mais très largement financés par les pouvoirs publics. Il faudra s’y atteler en concertation avec tous les acteurs concernés pour remettre, si pas la cathédrale, au moins l’église au milieu du village.
Xavier Simon