Grégory Maes : «Nous voulons que les travailleurs aient leur part du gâteau, et pas seulement les miettes»

Grégory Maes : «Nous voulons que les travailleurs aient leur part du gâteau, et pas seulement les miettes»

Le nouveau secrétaire fédéral de la CSC-Wapi était l'invité de notre Journal ce jeudi.

Le Tournaisien Grégory Maes succède à Isabelle Barré au poste de secrétaire fédéral de la CSC de Wallonie picarde. Spécialiste du droit social et président du MOC de Wallonie picarde depuis deux ans, il prend ses nouvelles fonctions dans un contexte particulièrement tendu. Entre les manifestations contre les mesures du gouvernement Arizona, la mobilisation des étudiants et les restructurations dans plusieurs entreprises de la région, les défis ne manquent pas. Invité du 18h de notélé, il détaille ses priorités et défend un syndicalisme qui entend conjuguer mobilisation et propositions concrètes.

"On a la concertation dans notre ADN"

Vous succédez à Isabelle Barré, avec qui vous avez travaillé pendant de nombreuses années. Quelle sera votre marque personnelle à la tête de la CSC-Wapi ?

"On va poursuivre le formidable travail qui a été entamé. J'ai eu l'occasion de travailler de longues années avec Isabelle Barré. Elle m'a donné beaucoup de conseils au fil du temps et je ne les oublie pas. Aujourd'hui, nous faisons face à un virage que je considère comme très dangereux. Mais nous sommes prêts. On fourmille d'idées, on a la concertation dans notre ADN et on veut être une véritable force de proposition."

Vous prenez vos fonctions dans un climat social particulièrement tendu, avec des manifestations presque chaque semaine. Comment comptez-vous agir face à cette colère ?

"On essaie justement de développer d'autres formes d'action. Le 10 octobre, par exemple, nous nous sommes levés un peu plus tôt que les autres pour nous rendre dans différents cabinets ministériels de l'Arizona afin d'y déposer nos propositions. Nous avons des alternatives. On n'est pas juste dans la contestation, on est vraiment dans la proposition. C'est notre ADN."

C'est donc une stratégie que vous souhaitez poursuivre dans les prochains mois ?

"Tout à fait. On ne va pas simplement dire non. On va aussi apporter des idées."

"Une jeunesse révoltée, pour moi, c'est un pléonasme"

Les syndicats ne sont plus les seuls à manifester. Des étudiants, notamment ceux de Saint-Luc, se mobilisent également. Ne craignez-vous pas que le mouvement syndical soit dépassé par ces actions parfois spontanées ?

"Non, pas du tout. D'abord, nous n'avons aucune envie de leur voler leur révolte. Une jeunesse révoltée, pour moi, c'est un pléonasme. Ce qui me ferait peur, ce serait une jeunesse apathique. Nous essayons de leur apporter des conseils, notamment à travers les réseaux sociaux et les contacts que nous entretenons avec eux. Nous voulons aussi les aider et les protéger. Lors de la manifestation du 10 octobre, nous avons demandé à nos militants de former des cordons de sécurité pour protéger les jeunes, notamment des gaz lacrymogènes."

Pour vous, les mobilisations étudiantes et syndicales sont donc complémentaires ?

"Absolument. Nous sommes favorables à la convergence des luttes. On parle beaucoup de violence, mais il faut aussi voir celle à laquelle les jeunes sont confrontés. C'est très dur pour eux. La violence, c'est aussi le projet de société qu'on nous présente aujourd'hui."

"Nous ne sommes pas contre les entreprises"

En Wallonie picarde, plusieurs entreprises traversent des périodes difficiles, avec notamment des restructurations chez Claerbout, chez Takeda et l'arrêt des activités de la Malterie de Beloeil. Ne craignez-vous pas que la multiplication des manifestations décourage les entreprises ?

"Pas du tout. Le mouvement social doit pouvoir s'exprimer pleinement. En revanche, cela fait des années que nous plaidons pour que les aides publiques, directes comme indirectes, soient assorties de conditions. C'est tout à fait possible. Nous avons des propositions solides sur la table et nous sommes prêts à les défendre."

Votre objectif n'est donc pas d'entrer systématiquement en conflit avec les entreprises ?

"Non, absolument pas. Nous ne sommes pas contre les entreprises. Mais nous voulons que les travailleurs aient leur part du gâteau, et pas seulement les miettes."