Frasnes-Lez-Buissenal : Gilberte Bottequin reçoit le titre de « Passeur de mémoire » par le Parlement de Wallonie
Cette distinction récompense plusieurs décennies consacrées à la transmission de l’histoire et au devoir de mémoire.
" Être un passeur de mémoire, c'est refuser que le silence recouvre peu à peu les souffrances, les persécutions et les crimes du passé. C'est recueillir une parole avant qu'elle ne disparaisse. C'est préserver un document, un témoignage, un lieu ou un nom. C'est raconter à une jeune génération ce qui s'est produit avant elle. "
C'est par ces mots que Bruno Lefèbvre, président du Comité " Mémoire et Démocratie " du Parlement de Wallonie, a rappelé le sens de la distinction remise ce mercredi à trois lauréats. Parmi eux, Gilberte Bottequin, citoyenne de Frasnes-lez-Buissenal, récompensée pour son engagement de longue date.
Pour Bruno Lefèbvre, le devoir de mémoire ne se limite pas aux commémorations. " Se souvenir, c'est au contraire se donner les moyens de reconnaître dans le présent les mécanismes qui ont conduit hier à l'exclusion, à la persécution, à la négation de l'autre et, parfois, à son extermination ", a-t-il déclaré.
Un engagement qui prend encore plus de sens aujourd'hui. " Dans une époque marquée par la circulation rapide de fausses informations, par la banalisation de certains discours de haine, par les tentations autoritaires et par la remise en cause de faits historiques pourtant établis, votre action est plus indispensable que jamais. Vous nous rappelez que la démocratie n'est jamais définitivement acquise ", a souligné Bruno Lefèbvre.
" Je dédie ce titre à mes parents "
Pour Gilberte Bottequin, cette reconnaissance est avant tout un hommage à ceux qui ont vécu la guerre. " Je dédie ce titre à mes parents, à leurs compagnons d'armes et de captivité ", a-t-elle déclaré. Son père a été prisonnier de guerre durant cinq ans tandis que sa mère, prisonnière politique polonaise, a été détenue pendant six ans. C'est cette histoire familiale qui l'a poussée à s'engager.
Depuis plusieurs décennies, elle multiplie les initiatives pour transmettre cette mémoire et sensibiliser les générations futures. Elle a notamment rédigé le recueil "Traces de Vie", rencontré des élèves de 5e et 6e primaires des quinze villages de Frasnes, organisé des voyages sur des lieux de mémoire avec des jeunes et participé à différents hommages aux victimes de la guerre.
Il faut non seulement conscientiser les enfants mais aussi les adultes et les parents
Mais la Frasnoise estime que le travail de transmission doit encore être renforcé. " Certes, les enfants des primaires assistent avec leurs professeurs en nombre aux commémorations, mais quand leur présence dépend de leur seul vouloir, ce n'est plus la même chose ", a-t-elle déploré. Elle raconte ainsi avoir demandé à un enseignant pourquoi aucun élève d'une école située face à un monument aux morts n'avait participé à une commémoration. " Il m'a répondu que cela ne faisait plus partie de leur programme ", témoigne-t-elle.
Gilberte Bottequin estime dès lors que la sensibilisation doit dépasser le cadre scolaire. " Je constate qu'il faut non seulement conscientiser les enfants mais aussi les adultes et les parents ", explique-t-elle. Son message, elle entend continuer à le porter auprès des jeunes comme des moins jeunes.
Dans un contexte qu'elle considère comme difficile, elle souhaite notamment les amener à prendre davantage conscience de la réalité des conflits et des dangers liés à la banalisation de la violence. " Je veux attirer l'attention et les appeler à se mobiliser afin de ne pas revivre ce que nos parents ont vécu. C'est mon plus cher désir ", affirme-t-elle.
Deux autres lauréats ont été distingués lors de cette cérémonie : l'ASBL "Sur les Pas de la Mémoire Ethe-Virton" et Joseph Gélis, récompensé à titre posthume.
A.D.