Marais d'Harchies : les associations appellent à manifester contre la chasse transfrontalière
Une manifestation pacifique est organisée le vendredi 21 août.
La mobilisation citoyenne n'aura pas suffi. Malgré les nombreuses plaintes enregistrées lors de la consultation publique organisée par le préfet du Nord, le nouvel arrêté préfectoral encadrant la chasse pour la saison 2026-2027 ne répond pas aux principales revendications des associations de protection de la nature. Elles appellent désormais à une manifestation le 21 août, jour de l'ouverture de la chasse au gibier d'eau.
Depuis plusieurs mois, huit associations belges et françaises dénoncent les pratiques de chasse observées à la frontière franco-belge, aux abords des marais d'Harchies. Ce site naturel de 550 hectares, situé sur le territoire de Bernissart, est pourtant reconnu pour sa richesse écologique. Classé Zone de Protection Spéciale et inscrit sur la liste Ramsar des zones humides d'importance internationale, il constitue une halte migratoire essentielle pour de nombreuses espèces d'oiseaux d'eau.
Avant l'adoption de l'arrêté, le préfet du Nord avait lancé une consultation publique. Les nombreuses plaintes exprimées n'ont pas empêché l'autorisation de chasser les canards dans la zone concernée.
Le nouvel arrêté comporte néanmoins deux évolutions. La période d'agrainage, cette pratique consistant à nourrir artificiellement les canards avant l'ouverture de la chasse, est désormais limitée jusqu'au 1er août, contre le 15 août auparavant. Les quotas nationaux de prélèvement des anatidés sont également intégrés.
Pour Nicolas Schümmer, chargé de mission militance et plaidoyer au sein de la LRBPO (Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux), cette avancée reste insuffisante. " En agrainant en amont, on habitue les canards à venir se nourrir sur ces sites. Le jour de l'ouverture, les chasseurs savent précisément où ils vont les trouver. "
Les associations regrettent surtout que leur principale proposition n'ait pas été retenue. " Nous espérions au minimum que le préfet accepte de se mettre autour de la table pour envisager des pistes de solution ", explique Sophie Installe, juriste à la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux (LRBPO), dans un communiqué. Elle déplore également l'absence de réponse aux sollicitations des associations et à l'invitation de la ministre wallonne de la Nature, Anne-Catherine Dalcq.
En une soirée, près de 1.000 coups de feu auraient été tirés en 90 minutes, entraînant la mort d'environ 500 oiseaux
Selon les défenseurs de la biodiversité, les conséquences de cette chasse sont particulièrement importantes. Ils rappellent qu'en 2025, 560 canards avaient été recensés sur le site la veille de l'ouverture de la chasse. Le lendemain, seuls 68 étaient encore présents. En une soirée, près de 1.000 coups de feu auraient été tirés en 90 minutes, entraînant la mort d'environ 500 oiseaux.
Au-delà de l'impact sur la faune, les associations pointent une contradiction avec les importants investissements consentis pour restaurer le site. Entre 2022 et 2024, la Région wallonne y a consacré 1,4 million d'euros de travaux, tandis que l'Union européenne finance également plusieurs projets de conservation via le programme LIFE Vallée Atlantique.
Estimant que la réglementation française reste incompatible avec les objectifs européens de protection des oiseaux et des habitats, les huit associations ont déjà saisi la Commission européenne ainsi que le secrétariat de la Convention de Ramsar. Elles poursuivent désormais leur mobilisation sur le terrain.
Une manifestation pacifique est organisée le vendredi 21 août
Le rendez-vous est fixé sur le parking du Préau à Bernissart avant un cortège en direction de la frontière française. Les organisateurs espèrent rassembler près de 500 participants afin de maintenir la pression sur les autorités françaises.
" Cela fait 70 ans que cela dure. À l'heure où la biodiversité traverse une crise majeure, nous ne pouvons plus accepter que des oiseaux protégés soient abattus à la frontière d'un site d'une telle importance écologique ", conclut Alain Malengreau, ornithologue bénévole chez Natagora.
C.F.