Etudes supérieures : faut-il faire payer davantage les Français ?
Ils sont de plus en plus nombreux à franchir la frontière pour suivre leurs études en Belgique. À la HELHa de Tournai, la section infirmière accueille cette année 10 % d’étudiants français supplémentaires. Dès 2027, les non-résidents européens pourraient pourtant devoir débourser 2.000 euros de plus par an.
Parmi les étudiants de première année du bachelier infirmier de la HELHa à Tournai, les Français sont nombreux. L'établissement accueille traditionnellement beaucoup d'étudiants venus de l'Hexagone et leur nombre continue de progresser.
" On a une augmentation de 10 % des étudiants français par rapport à l'année passée ", constate Valérie Seront, directrice du Département de la Santé et des Technologies médicales.
Une attractivité que le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles entend désormais faire davantage contribuer au financement de l'enseignement supérieur. Le coût de la prise en charge des étudiants français est estimé à 150 millions d'euros par an.
À partir de 2027, le gouvernement MR-Les Engagés prévoit la mise en place du DIES, le Droit individuel à l'enseignement supérieur. Le mécanisme envisagé doit conduire les étudiants européens non-résidents à contribuer davantage au financement de leurs études, à hauteur de 2.000 euros supplémentaires par an.
Parcoursup pousse certains étudiants vers la Belgique
Mais pourquoi autant de Français choisissent-ils la Belgique ? À la HELHa, un mot revient régulièrement dans les témoignages : Parcoursup.
Inès Saminadin Bourdageau vient de La Réunion. Elle souhaitait devenir infirmière mais s'est retrouvée sur liste d'attente dans plusieurs établissements français. " C'est un peu compliqué d'avoir une place. On ne sait pas vraiment à quoi on peut s'attendre ", explique-t-elle. Venir en Belgique lui a permis de commencer les études qu'elle souhaitait malgré les milliers de kilomètres qui la séparent désormais de sa famille.
Même constat pour Lucianne Engule, originaire de Lille. Refusée ou placée en attente dans plusieurs écoles françaises, elle s'est tournée vers Tournai. " C'est vraiment Parcoursup qui décourage ", estime-t-elle.
Hortense Gras était, elle, déjà engagée dans l'enseignement supérieur français lorsqu'elle a décidé de se réorienter. Selon elle, Parcoursup rend cette démarche particulièrement compliquée pour les étudiants qui ont déjà suivi un cursus. Elle souligne aussi la dimension plus humaine de l'inscription en Belgique : portes ouvertes, contacts avec l'établissement et encadrement des étudiants.
Le prix mais aussi l'encadrement
Le coût des études entre également dans l'équation. Plusieurs étudiantes interrogées estiment leur formation moins chère en Belgique, malgré les 400 euros nécessaires pour obtenir l'équivalence de leur diplôme français.
Ici, c'est vraiment beaucoup moins cher qu'en France. Et l'accompagnement est complètement différent.
Garance Lambert avait pourtant obtenu des places en école d'infirmières via Parcoursup. Son choix de Tournai est donc volontaire. " Les profs sont vraiment là pour nous, ils sont attentionnés ", explique-t-elle. Elle met également en avant les infrastructures permettant aux futurs infirmiers de pratiquer les gestes qu'ils devront ensuite réaliser dans leur métier.
Anna Sabbagh souligne elle aussi cette différence d'accompagnement. Après une première orientation dans le commerce, elle souhaitait changer de voie mais les places en IFSI n'étaient plus accessibles via Parcoursup. Elle s'est alors tournée vers la Belgique. " Ici, c'est vraiment beaucoup moins cher qu'en France. Et l'accompagnement est complètement différent ", témoigne-t-elle.
2.000 euros supplémentaires, un frein ?
La future hausse pourrait-elle changer la donne ? Valérie Seront n'en est pas convaincue. Elle dit comprendre le principe d'une contribution plus importante des non-résidents au financement de l'enseignement belge.
" Je ne pense pas que ce soit un facteur déterminant ", estime la directrice. Pour les étudiants venant de loin, elle rappelle que les dépenses principales restent souvent le logement, la nourriture et les déplacements. Une augmentation de l'ordre de 2.000 euros ne provoquerait donc pas nécessairement, selon elle, une chute des inscriptions françaises.
Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles doit encore concrétiser son dispositif. La manière dont ce mécanisme sera mis en oeuvre reste notamment un enjeu au regard du cadre européen.
J.C.