Pairi Daiza : une locomotive centenaire renaît sous le nom de Reine Elisabeth

Pairi Daiza : une locomotive centenaire renaît sous le nom de Reine Elisabeth

Revenue en Belgique en 2022 après une incroyable odyssée qui l'a menée d'un charbonnage espagnol à une mystérieuse collection privée britannique, une locomotive à vapeur construite en 1900 vient d'être baptisée Reine Elisabeth par Pairi Daiza.

Ce mercredi 9 septembre, le Pairi Daiza Steam Railway a baptisé une locomotive à vapeur vieille de 126 ans. Entièrement restaurée après quatre années de travail, l'ancienne " Couillet " porte désormais un nom : Reine Elisabeth, en hommage à la reine Elisabeth de Belgique, contemporaine de sa construction et grande figure de la vie artistique, scientifique et culturelle du pays. Elle sera présentée sous pression vapeur ce week-end, les 12 et 13 septembre, avant de rouler prochainement sur les rails du parc.

Une machine née en pleine révolution industrielle belge

La locomotive porte le numéro de construction 1318. Elle sort en 1900 des ateliers de la Société Métallurgique de Couillet, près de Charleroi, à une époque où la Belgique est le premier pays d'Europe continentale à être entré dans la révolution industrielle. Le bassin de Charleroi en est alors l'un des grands centres, avec des savoir-faire en matière de mines, de sidérurgie et de construction ferroviaire reconnus bien au-delà des frontières.

Très vite, la machine part travailler en Espagne, dans une exploitation minière de la province de Len. "Elle a été exportée en Espagne tout de suite, où elle a travaillé presque septante ans dans un charbonnage, avant d'être récupérée par un Anglais", résume Jason Van Landschoot, qui a supervisé sa restauration. Pendant près de sept décennies, elle transporte le charbon sur une voie ferrée étroite, jusqu'à la fermeture de la ligne en 1969.

Sauvée de la ferraille, puis cachée pendant des décennies

Promise à la casse, la locomotive est alors rachetée par un collectionneur britannique passionné, Peter Rampton, qui l'intègre à sa collection privée en Angleterre aux côtés de près de quarante autres machines. Montrée au public lors de quelques journées portes ouvertes au début des années 1970, la collection ferme ensuite complètement ses portes aux visiteurs. Les locomotives disparaissent presque totalement des regards et cette collection, devenue inaccessible, entre progressivement dans la légende ferroviaire britannique sous un nom particulier : la " Collection X ".

Il faudra attendre la mort de Peter Rampton, en 2019, pour que la collection soit confiée au Vale of Rheidol Railway, un chemin de fer historique gallois. C'est là que Pairi Daiza entame des démarches pour obtenir le retour de la locomotive dans son pays d'origine. En décembre 2022, 122 ans après son départ, elle revient en Belgique.

Quatre ans de restauration

La restauration complète s'est étalée sur près de quatre ans. "On avait démonté la locomotive. On a fait une étude de faisabilité pour la réparer, et on a envoyé le kit en Tchéquie, où chaque pièce a été contrôlée méticuleusement. On a aussi refait la chaudière. C'est une fierté de montrer ce passé historique qu'a connu la Belgique", détaille Jason Van Landschoot. Le travail s'est fait en collaboration avec l'équipe du Pairi Daiza Steam Railway, qui compte désormais six locomotives historiques, témoins du rôle qu'ont joué les trains à voie étroite dans les mines, les forêts, l'industrie et l'agriculture.

Un hommage aux ouvriers belges

Pour le fondateur de Pairi Daiza, Eric Domb, cette locomotive est bien plus qu'une pièce de collection. "J'ai décidé à 32 ans de redevenir l'enfant que j'étais. Et c'est clair que tous les enfants aiment les locomotives, et en particulier les locomotives à vapeur. Quelque part, à titre purement personnel, j'adore ces locomotives et j'aime mon pays", confie-t-il.

Au-delà de l'attachement personnel, Eric Domb y voit surtout un hommage à celles et ceux qui ont fait tourner ces machines pendant un siècle. "Ces gens avaient une vie extrêmement difficile. Ils avaient des mains complètement détruites, brûlées par le travail, le visage noirci ... Cette souffrance, en fait, a fait notre pays. Elle a fait le lieu de prospérité dans lequel nous nous trouvons", souligne-t-il.

La locomotive Reine Elisabeth sera visible sous pression ce week-end, à l'occasion des Journées du Patrimoine, avant de rouler prochainement sur les rails du Pairi Daiza Steam Railway.


Théo Defranne