« Nous n’aurons pas été remplacés, nous nous serons absentés » : le Tournaisien Aurélien Mizeret questionne notre rapport à l’IA
Le Tournaisien Aurélien Mizeret vient de sortir un essai intitulé "Ce que l'IA a fait de nous". Il était l'invité de notre Journal.
L'intelligence artificielle va-t-elle finir par nous remplacer ? Pour Aurélien Mizeret, ce n'est pas tout à fait la bonne question. Le Tournaisien, qui a longtemps travaillé dans les ressources humaines et le management, s'intéresse avant tout à la manière dont cette technologie transforme nos comportements, notre rapport au travail et notre façon de prendre des décisions.
Cette réflexion l'a conduit à publier un essai intitulé Ce que l'IA a fait de nous. Une phrase placée en exergue de l'ouvrage en résume l'esprit : " Nous n'aurons pas été remplacés, nous nous serons absentés. "
Pour l'auteur, la crainte d'être remplacé par une machine cache en réalité plusieurs inquiétudes. La première est économique : pourra-t-on encore gagner sa vie si une intelligence artificielle est capable d'accomplir une partie de notre travail ? La deuxième touche à l'identité professionnelle. Enfin, une interrogation plus existentielle apparaît : quelle place reste-t-il à l'individu lorsqu'une machine peut réaliser de nombreuses tâches aussi bien, voire parfois mieux que lui ?
Ne pas déléguer ce qui fait de nous des humains
Aurélien Mizeret ne remet pas en cause l'intérêt de l'intelligence artificielle. Rédiger un courriel, préparer des vacances ou trouver de nouvelles idées grâce à elle permet de gagner du temps. Le danger apparaît plutôt lorsque cette délégation devient automatique.
" Au fur et à mesure, vous commencez à déléguer à la machine, sans vous en rendre compte, des compétences qui sont propres à l'humain ", explique-t-il.
Se pose alors la question de la décision et, surtout, de la responsabilité. Lorsqu'un courrier est entièrement rédigé par une intelligence artificielle, qui doit en assumer le contenu ? Même interrogation, à une autre échelle, avec le développement des véhicules autonomes et la responsabilité en cas d'accident. Pour Aurélien Mizeret, les capacités croissantes de la technologie ne doivent pas conduire l'humain à abandonner son rôle dans la décision.
Quel avenir pour les jeunes travailleurs ?
Cette évolution soulève également une question très concrète dans les entreprises : celle de l'accès des jeunes diplômés au marché du travail. Certaines fonctions juniors, composées de tâches pouvant plus facilement être automatisées, sont directement confrontées au développement de l'intelligence artificielle.
Aurélien Mizeret comprend dès lors les inquiétudes des nouvelles générations. Elles ont, selon lui, " dans un premier temps raison d'avoir peur ". Mais supprimer ces postes constituerait aussi un problème à plus long terme. " Ces juniors d'aujourd'hui seront les seniors de demain ", rappelle-t-il.
Toute la difficulté consiste donc à continuer à former les travailleurs de demain dans un environnement où l'IA occupera une place croissante. Pour l'auteur, les entreprises ont un rôle essentiel à jouer en développant des programmes de formation et d'accompagnement. Ceux-ci doivent permettre aux travailleurs expérimentés d'intégrer ces nouveaux outils, mais aussi aux plus jeunes de continuer à apprendre leur métier et à acquérir l'expérience nécessaire pour évoluer.
Plus qu'un plaidoyer contre l'intelligence artificielle, Ce que l'IA a fait de nous se présente donc comme une invitation à réfléchir à l'usage que nous voulons en faire. Une technologie capable de nous assister et de nous faire gagner du temps, mais qui pose une limite fondamentale : déterminer ce que nous sommes prêts à lui déléguer, et ce que nous estimons indispensable de conserver entre nos mains.
L'essai d'Aurélien Mizeret n'est pas disponible en librairie. Il est proposé sur des plateformes de vente en ligne et imprimé à la demande, un mode de diffusion qui lui permet, explique son auteur, de partager cette première réflexion auprès du plus grand nombre.
C.D.C.