«C'est de l'incompétence» : le bourgmestre de Mont-de-l'Enclus s'en prend au ministre Desquesnes pour un projet de gîte controversé

«C'est de l'incompétence» : le bourgmestre de Mont-de-l'Enclus s'en prend au ministre Desquesnes pour un projet de gîte controversé

La décision du ministre wallon du Territoire, François Desquesnes (Les Engagés), d’autoriser un projet de gîte refusé à trois reprises par les instances consultées passe très mal à Mont-de-l’Enclus.

À Mont-de-l'Enclus, un dossier de gîte fait monter la tension entre la commune et le gouvernement wallon. Face à la presse, le bourgmestre Jean-Pierre Bourdeaud'huy (MR) a vivement attaqué le ministre wallon du Territoire François Desquesnes (Les Engagés), qui a autorisé un projet pourtant refusé par la commune et plusieurs instances administratives.

"Ce dont je veux faire part aujourd'hui, c'est que nous avons été confrontés à un dossier particulier sur lequel je ne peux pas admettre la position du ministre Desquesnes. Ça met en doute toute la politique des communes vis-à-vis des gîtes", a-t-il lancé.

Le bourgmestre rappelle que la problématique dépasse largement le seul cas de Mont-de-l'Enclus. "Dans les communes à fort intérêt touristique, les gîtes créent régulièrement des nuisances. Ceux qui louent viennent pour un week-end, ils font la fête et ce sont les riverains qui doivent subir les bruits", explique-t-il. "Nous devons garder un équilibre entre les habitants et les touristes. On ne peut pas avoir une commune désertique la semaine et bondée le week-end."

La commune compte déjà une trentaine de gîtes, pour une capacité d'environ 300 lits. "Cela représente 7,5 % de la population de la commune. On voit bien que la question de l'équilibre est essentielle", insiste le mayeur.

Le dossier qui fait polémique remonte à mai 2025. Un Bruxellois achète alors un immeuble dans la commune avec l'intention de le transformer en logement touristique. Le projet pose rapidement problème aux yeux des autorités locales. Le bâtiment est situé à une centaine de mètres d'une zone Natura 2000, à proximité immédiate du bois communal, dans une petite voie en terre battue sans issue où se trouvent seulement quelques habitations.

"Les riverains jouissent du calme et de la proximité du bois. Nous avons aussi une faune importante, notamment des oiseaux qui ne vont évidemment pas apprécier le bruit généré par ce type d'exploitation", souligne le bourgmestre.

Autre élément qui pose problème : l'éloignement du propriétaire. "Nous ne souhaitons plus de gîtes dont l'exploitant habite à 50 kilomètres. Dans ce cas-ci, il est domicilié à Bruxelles. S'il y a un problème, qui intervient ?"

La commune applique en effet une ligne claire : privilégier des gîtes de petite capacité, entre six et huit personnes, avec un exploitant présent à proximité immédiate pour gérer d'éventuels débordements.

Le collège communal rend donc un avis négatif. Les services urbanistiques de Mons sont ensuite consultés et suivent la position de la commune, en insistant eux aussi sur l'incompatibilité du projet avec l'environnement et sur l'absence de surveillance possible du bien. Le propriétaire introduit alors un recours. La commission compétente à Namur examine le dossier et rend également un avis négatif.

"Trois institutions ont donc dit non : le collège communal, l'administration et la commission des recours", insiste Jean-Pierre Bourdeaud'huy.

Mais au bout de la procédure, c'est le ministre qui tranche. Et contre toute attente pour la commune, François Desquesnes décide finalement d'autoriser le projet, en limitant la capacité du gîte à six personnes.

Une justification que le bourgmestre rejette fermement. "Le ministre estime qu'un gîte ne cause pas de nuisance supplémentaire. Mais vous pouvez demander à n'importe quel bourgmestre ou échevin en Wallonie : l'exploitation des gîtes pose régulièrement problème."

Il se montre aussi sceptique face à la limitation du nombre d'occupants. "Qui va contrôler ? Il suffit d'ajouter un canapé-lit et vous avez plus de monde. Les locataires peuvent inviter des personnes supplémentaires. Cet argument est totalement obsolète."

Pour l'élu local, cette décision dépasse largement le cas d'un simple permis. "Quand un ministre va contre le collège communal, contre son administration et contre la commission, on peut se poser la question d'à quoi on joue réellement. C'est purement scandaleux."

Jean-Pierre Bourdeaud'huy affirme même avoir "l'intime conviction qu'il y a eu une intervention politique du requérant". Et il poursuit : "Si on fait de la politique pour faire plaisir à Pierre, Paul et Jacques, je ne peux pas l'accepter. Moi, je suis là pour défendre les citoyens et le voisinage."

Le bourgmestre estime que cette décision remet en cause l'autonomie des communes dans la gestion du tourisme local. "Demain, il faudra cadrer le pouvoir des ministres. Ce n'est pas normal qu'un ministre puisse faire la pluie et le beau temps et mettre en danger la politique locale des communes envers les gîtes."

La commune dispose désormais de 60 jours pour tenter de contester la décision via une nouvelle procédure.

"La procédure est telle que nous devons nous battre. Mais se battre sur quelque chose qui nous paraît évident, c'est déplorable", conclut le bourgmestre. "Je me battrai toujours pour défendre l'intérêt des citoyens."


Théo Defranne


ST